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dimanche 21 novembre 2010

Moderato Cantabile de Marguerite Duras

Moderato Cantabile




Éditions : Minuit
Année : 1980
Pages : 166
Catégorie : Romans à l’eau de rose
Extrait : Mais si. Un jour, un beau matin, tout à coup, elle rencontrera quelqu'un qu'elle reconnaîtra, elle ne pourra pas faire autrement que de dire bonjour. Ou bien elle entendra chanter un enfant, il fera beau, elle dira il fait beau. Ça recommencera. p. 120.

Résumé 

Qu'est-ce que ça veut dire, moderato cantabile ? Je ne sais pas. Une leçon de piano, un enfant obstiné, une mère aimante, pas de plus simple expression de la vie tranquille d'une ville de province. Mais un cri soudain vient déchirer la trame, révélant sous la retenue de ce récit d'apparence classique une tension qui va croissant dans le silence jusqu'au paroxysme final.
Quand même, dit Anne Desbarèdes, tu pourrais t'en souvenir une fois pour toutes. Moderato, ça veut dire modéré, et cantabile, ça veut dire chantant, c'est facile.

Source : evene.fr



Mon avis

Ma critique sera courte pour ce roman, car le mot spécifique qui résulte de cette lecture est « déception viscérale ». Sincèrement et surtout personnellement, un livre ne m’a jamais procuré une telle lassitude fusionnée à un état d’amertume qui me faisait souhaiter abandonner le récit à chaque page. La couleur grisâtre de la couverture symbolise authentiquement la vision que j’ai eu du livre : terne, inexpressif et surtout amphigourique. Étrangement, je ne vois point les caractéristiques mélioratives que lui ont trouvées les critiques s’exclamant sur la beauté rare de ce roman. Rien. Et je n’arrive pas également à trouver une seule qualité, alors que j’abhorre ne révéler que les points négatifs d’une lecture. Pourtant, je réfléchis, j’examine toutes les facettes, mais à mon grand dam, je ne trouve rien. Et ce seul point me fait souffrir, car je ne veux pas être contre un livre tant acclamé par les critiques. Ce qui me fait penser que souvent, je suis déçue des livres ovationnés au sein des journaux ou qui ont reçu un prix prestigieux ; je ne comprends jamais la raison de ce triomphe ( réflexion plus profonde dans une prochaine critique ).

De ce fait, l’histoire de cette femme qui retrouve un étranger dans un bar à chaque soir pour une discussion plutôt confuse, après la leçon de piano de son fils, m’a laissée complètement indifférente. La protagoniste m’a semblé morne et sans grande consistance, prisonnière d’une solitude plus ou moins distincte et qui n’a peu d’intérêts à l’égard son fils, lequel on ne connaît que ces minces attributs physiques. Leurs propos sont si nébuleux et incohérents à l’occasion que j’ai perdu le fil de leurs discussions. Ce détachement silencieux s’est produit dès les premières phrases, comme si je prévoyais d’avance mon ressenti. La plume de l’auteure y est pour quelque chose, car elle sort des sentiers battus et je la compare honnêtement aux propos des personnages : dénuée de contexture.

Non, je n’aime décidément pas critiquer aussi négativement un livre, alors pardonnez-moi pour mes propos, notamment à ceux qui ont trouvé ce roman un régal. Dans mon cas, ce fut un désœuvrement amer qui me pousse à abandonner toute nouvelle rencontre avec la plume de l’auteure.



dimanche 14 novembre 2010

Le bar des habitudes de Franz Bartelt

Le bar des habitudes


Coup de coeur !



Éditions : Gallimard / Folio Classique
Traduction : Aucune
Année : 2007
Pages : 292
Catégorie : Nouvelles
Extrait : Quand il découvrit la photo en troisième page du journal, cela lui fit battre le coeur, comme de retrouver une amie perdue de vue. En morte, cette femme était vraiment très bien. Elle paraissait dix ans plus jeune. Sa tête baignait dans un massif de fleurs, et la lumière se dispersait naturellement dans l'ombre colorée, avec des langueurs quasi amoureuses. Tueur en série, p. 164.

Résumé 

« Guy Vouine était mou de naissance. Il avait coulé de sa mère, comme d'un pot de confiture renversé. L'accouchement n'avait requis aucun effort, aucune poussée. L'enfant faisait un petit tas sur les linges et le cri qu'il exhala pour manifester qu'il était vivant montait de lui avec la légèreté d'une vapeur. La sage-femme, qui en avait vu de toute sorte, se dit seulement qu'elle n'en avait encore jamais vu de si mou. Plus tard, il s'avéra que l'enfant physiquement mou était également mou à l'intérieur... » Au fil de ces seize brefs récits, Franz Bartelt raconte des destinées exemplaires, dans un registre tour à tour goguenard et tendre, loufoque et cruel.

Source : livre.fnac.com



Mon avis

Et si je vous disais que ce recueil de nouvelles a créé chez-moi un plaisir littéraire si agréable qu’il porte désormais le statut honorable de coup de cœur ? Eh oui ! Habituellement, ce n’est pas un genre littéraire que j’adule puisque je préfère les longs récits narratifs qu’aux petits textes. Or, cette fois-ci et grâce à mon cours de français, je suis tombée nez à nez avec un bijou qui se savoure comme du bonbon. Au départ, j’appréhendais les nouvelles qui allaient suivre, ayant souvent eux naguère quelques déceptions. Mais le premier texte entamé, voilà que je m’immergeais dans un de ces romans impossible à déposer. À la fin, je souffrais de ne plus pouvoir me délecter d’autres nouvelles aussi captivantes que cyniques. L’écriture de l’auteur y est pour quelque chose, car sa fluidité n’a d’égal que son éloquence. Parallèlement, les 16 nouvelles qui constituent le recueil sont douées d’une originalité exemplaire, mêlant les habitudes de la vie à l’insolite des évènements qui viennent les bousculer. C’est pourquoi le titre est significatif : un bar est généralement l’endroit où les personnes n’affichent plus leur barrière habituelle et s’ouvrent totalement. Cette ouverture de caractère vient se mélanger avec la routine quotidienne des protagonistes pour créer des petits récits qui se colorent à la fois de légèreté et d’intensité, d’humour cynique et de relents poétiques.

Le bar des habitudes est la première nouvelle qui ouvre la voie au lecteur : un homme dont les repères disparaissent lorsqu’en allant à son restaurant habituel, la routine est éclatée subtilement ; Mauvais rêve s’enchaîne ensuite, lequel m’a singulièrement plu pour son audace : un homme animé, depuis son rêve, par le désir de tuer sa femme, alors qu’il n’a qu’amour pour elle ; Ma tournée, bien que bref, souligne une réalité émotionnelle souvent vécue par certaines femmes : une serveuse a le coup de foudre pour un étranger arrivant au bar dans le cadre de son travail ; l’humour et la pitié viennent par la suite se confondre dans La tourte dans lequel un mendiant s’invite gentiment dans une simple fête familiale, à la grande surprise de tous. Un mendiant envers qui je me suis attachée pendant les quelques pages composant le texte ; Date limite est tout simplement cocasse, malgré le fait qu’elle reflète les notions d’image corporelle dans la société : une femme inscrit sa date limite de « consommation physique » sur son ventre, un choix qu’elle regrette rendue à cette date en question ; Histoire molle est l’un des meilleurs textes à cause de sa… flaccidité. On ressent facilement toute la mollesse des personnages au corps aussi flasque que de la pâte à pizza ( désolée, c’est la seule idée qui me vient à l’esprit ! ) ; Le souvenir de Fred  aborde d’une manière détournée la différence des êtres, même un peu le racisme : Tony a toujours eu l’habitude de croiser Fred en allant à la boulangerie. Or, depuis son voyage, Fred est devenu noir. Mais est-ce encore Fred ? ; Un parcours sans faute, quant à elle, présente un couple dont le mari est un professeur de français enflammé par son métier et qui corrige continuellement sa femme, laquelle trouvera son bonheur ailleurs ; Lili suit en quelques pages la vie d’Aurélie, alias Lili, qui apprend plus tard qu’elle s’était mariée à un homme ayant déjà tué son épouse ; Un mauvais joueur est une autre nouvelle plutôt étrange où un homme fait un pari sur son poids avec d’autres clients du bar, au sein desquels se trouve un mauvais joueur qui ne croira pas cet homme qui insinue être «  creux » ; Tueur en série, est selon moi, la nouvelle que j’ai préférée le plus entre tous. Un homme décide de tuer les femmes de notaire pour devenir un meurtrier célèbre. D’après sa vision des choses, ses victimes sont ses œuvres et il les améliore au fil de ces meurtres. C’est ce côté-ci qui donne tout le charme au texte puisque la sordidité des gestes se mélange à la beauté artistique ; Le sixième commandement est, disons, plus centrée sur la sexualité : un homme imagine d’une manière directe chaque jour, à midi, que sa femme le trompe ; Dans le train est une nouvelle symboliste je dirais. Un homme est prisonnier d’un train qui ne s’arrête jamais et dont il est le seul à se rendre compte. Je pense que ceci est un reflet de notre vie, que nous ne savons en aucune circonstance lorsque nous arriverons à notre objectif ; Testament d’un homme trop aimé est un texte que j’ai trouvé singulièrement narcissique ; un homme au physique parfait et divin raconte comment les femmes se suicident après l’avoir entrevu ; Un voisin redoutable est désopilant puisque c’est un sujet vécu par de nombreuses personnes, notamment en banlieue. Pas besoin de résumer, le titre en dit largement ! ; et finalement, Ta tête d’assassin aborde le fantasme d’une femme qui veut que la mimique d’assassin de son amoureux lui appartienne intimement, jusqu’à prendre des proportions abusives.

Ainsi, je n’ai plus qu’un seul mot à dire pour ce délicieux recueil qui m’a fait connaître un nouvel auteur : plonger sans hésiter !

dimanche 24 octobre 2010

Le Horla et autres contes fantastiques


Coup de coeur !


Éditions : Flammarion
Traduction : Aucune
Année : 20036
Pages : 117
Catégorie : Nouvelles

Résumé 

" La vraie peur, c'est quelque chose comme une réminiscence des terreurs fantastiques d'autrefois ", écrit Maupassant. Apparitions terrifiantes, présences invisibles, morts étranges... Dans ce recueil de contes fantastiques, l'auteur malmène les sens et la raison de ses personnages comme de ses lecteurs, ne leur laissant qu'une certitude: celle de la peur immense qui s'empare d'eux.

Extrait

« Eh bien, je crois que les histoires chuchotées par les roseaux minces avec leurs petites voix si douces doivent être encore plus sinistres que les drames lugubres racontés par les hurlements des vagues. » Sur l'eau, p. 30.

Source : decitre.fr


Mon avis : Guy de Maupassant sera toujours un auteur auquel j’accorderai une singulière admiration puisque son écriture m’émerveille continuellement. Cette fois-ci, il nous offre plusieurs nouvelles touchant un état émotionnel mystérieux et complexe : la peur. Doué tel qu’il est, Maupassant a su exploiter le thème du fantastique avec une dextérité que peu d’auteurs peuvent atteindre au sein de ce genre littéraire. Cette aventure m’a charmée, car j’y suis embarquée avec une facilité surprenante et ces récits brefs recèlent une grande richesse de talent afin que la réalité et l’irrationnel se frôlent, mais sans se confondre pour autant. J’aurais adoré que les nouvelles perdurent et je puis vous avouer que « Sur l’eau » a été mon conte fétiche dans Le Horla, car c’est un élément envers lequel je ressens une grande affinité, d’autant plus que l’histoire est captivante en soi.

La Main d’écorché, Sur l’eau, La peur, Apparition, Le Horla et La Nuit : ces six nouvelles nous entraînent dans le vrai fantastique, non pas celui véhiculé à notre époque qui devrait être considéré comme du merveilleux, mais plutôt celui du surnaturel s’introduisant dans notre cadre réaliste. Chaque phrase, chaque mot a été écrit en sorte que le lecteur se fasse happer par l’atmosphère des histoires, tout comme la structure a été édifiée en sorte que deux possibilités s’offrent à la fin : le véritable surnaturel ou l’illusion crée par l’esprit. Ce qui est admirable, c’est que nous nous posons réellement cette question, comme les personnages : cet événement s’est-il vraiment déroulé ou n’était-ce qu’une simple hallucination ? Que ce soit l’être invisible dans Le Horla, la main à l’apparence douteuse dans La Main d’écorché, la terreur vécue par le personnage dans La Peur ou les ténèbres sibyllines dans La Nuit, les phénomènes sont décris d’une façon si crédible que je m’y croyais. Je ne ressentais peut-être pas la peur des protagonistes, mais l’atmosphère angoissante, elle, m’enveloppait. Et ce voile sombre qui m’a captivé est le fruit de la plume authentique de Maupassant dont la souplesse mise dans le maniement des mots n’a d’égal que la précision de son écriture inoubliable. Tant de formes et de procédés manœuvrés avec un soin affûté ! De ce fait, en quittant les récits, j’avais la réelle impression que toutes ces nouvelles étaient aussi véritables que mon existence, c’est pourquoi j’honore le réalisme que l’auteur a su garder malgré les élans d’irrationalité.

Vous n’avez pas encore eu l’audace de faire route avec la plume de Guy de Maupassant ? Ces textes sont d’excellentes prémices pour débuter cette rencontre puisque vous serez autant rassuré par le format que vous serez happé par l’ambiance équivoque de chaque nouvelle. Prolifique auteur du XIXe siècle, Le Horla vous fera connaître les vraies racines du fantastique et de mon côté, il vient s’ajouter à mes coups de cœur. Je ne me lasse pas d’être bercée par sa plume et il me tarde de lire Bel-ami qui figure dans ma PAL. Et en voyant sa liste d’œuvres publiées, je suis rassurée de savoir que mon voyage ne sera pas de courte durée !

samedi 23 octobre 2010

Cet effrayant besoin de famille de Stephanie Janicot

Cet effrayant besoin de famille






Éditions : Livre de Poche
Traduction : Aucune
Année : 2007
Pages : 192
Catégorie : Drames
Âge : Dès 13 ans 
Résumé : Quatre enfants Albaràn, trois mères différentes, trois villes – Paris, Rome, Madrid. Au décès du père, la succession tourne au drame. Dix ans plus tard, la fille cadette, Santa, seule et serveuse de nuit dans un bar des Halles, alors qu’elle rêvait d’une carrière d’actrice et d’une famille nombreuse, tente de lever le voile sur les secrets de sa famille et l’effroyable malentendu qui a gâché sa vie. Pour se perdre ou se trouver enfin.
Des Matriochkas à La Constante de Hubble ou Soledad, Stéphanie Janicot explore la galaxie des relations affectives de nos contemporains, le manque et le trop-plein, la difficulté à assumer ses sentiments dans un monde souvent opaque et cruel, parfois absurde et merveilleux.  



Source : livredepoche.com




Mon avis ( octobre 2010 )


Cet effrayant besoin de famille de Stephanie Janicot fut une lecture apaisante et j’ai bien apprécié ce roman plongeant dans les générations d’une famille. Bien que les prémices furent ardues à cause du généreux arbre généalogique, mon embarquement était définitif et l’histoire a coulé sans peine dans mon esprit. Sa légèreté de structure et de récit, tout en laissant les émotions s’épanouir d’une façon calme mais bien présentes, a réussi à me satisfaire, d’autant plus que j’aimais l’écriture qui ondulait au fil des pages. Toutefois, c’est loin d’être un coup de cœur, car mon plaisir n’a d’égal que la simplicité et n’est pas profond comme pour certains livres.  

L’histoire 

Le récit se déroule sur plusieurs années et à travers deux générations, celles de Pablo Esteban Albarán. Tel que je l’ai indiqué plus haut, les personnages sont nombreux à cause des diverses branches de sa grande descendance et on se retrouve à nager dans un certaine confusion vite dissipée à mesure qu’on se faufile dans l’histoire qui tourne autour de l’héritage laissé par Pablo. Les enfants de cet homme qui ne s’est pas empêché d’avoir diverses femmes devront se confronter, entremêler pour quelques instants leur vie personnelle et par la même occasion, s’offrir l’opportunité de voir un nouveau chemin s’étaler devant eux. L’intrigue se concentre davantage sur Santa et Marcantonio, deux personnes portant inconsciemment sur leurs épaules les secrets familiaux. Bien qu’il y ait certaines parties du récit qui me semblent encore moins limpide, j’étais ravie d’entrer dans leur existence et étrangement, je pouvais ressentir cette atmosphère se mélangeant entre les origines espagnoles et italiennes. Ce parfum de pays étrangers me fascinait, ce qui m’aidaient davantage à comprendre cette famille étendue. Le roman met surtout en relief, comme l’indique le titre, « cet effrayant besoin de famille » qui guette les protagonistes et ce sentiment découle de Pablo. Cependant, l’intrigue manquait d’acuité et j’aurais aimé que l’auteur déterre plus ardemment les racines de la famille et la personnalité de chaque membre. D’autre part, la structure du livre laisse un peu à désirer, car les chapitres se découpent d’une façon à nous mettre facilement en déroute. Je suis certaine que s’il en aurait été autrement, ma vision des personnages n’aurait pas été vaporeuse.       


Personnages                              


Les quatre enfants Albaràn sont des individus assez loin de la similarité, surtout Vincent et Béatrice, frère et sœur, dont les aspirations reflètent à l’occasion un égoïsme mal dissimulé. Et comme ce sont des protagonistes demeurant dans l’ombre au cours de la plupart du récit, je préfère m’arrêter sur Santa et Marcantonio. Ce dernier est un homme qui a eu la magnanimité de s’occuper de plusieurs garçons défavorisés et qui vivaient naguère dans les ruelles. Il les élève, les guide, les protège, bref, c’est un merveilleux chaperon pour ces orphelins. De nature audacieux mais effacé, il n’est pas totalement heureux de sa vie, car il a l’impression d’un manque quelconque. Descendant de la branche illégitime de Pablo, on dirait que ce statut porté avant par son père l’a suivi à son insu. Mais jamais il n’a oublié Santa, rencontré il y a cela de nombreuses années. Celle-ci a mené une vie paisible, bien que souvent sous la pression paternelle. Vibrante de rêves utopiques, elle fut désillusionnée, mais les secrets familiaux lui permettront de repartir à zéro et de faire le point sur son ancienne et présente existence. Femme de cœur et d’espoir, on ne peut que s’attacher à elle. Pour ma part, je fus davantage intéressée par l’histoire de Marcantonio, notamment son projet d’aide envers ces jeunes garçons qui est une idée admirable. Cette intention ne m’étonne pas de sa part puisque souvent ce que l’on a vécu laisse leur empreinte dans nos futures ambitions. 

Écriture 

L’écriture a su merveilleusement bien me faire sentir parmi eux et ressentir les fibres espagnoles d’une singulière façon. Tout en étant sobre et modeste, sa plume transmet tout de même l’écho des émotions pour que nous puissions y croire. Cependant, les tréfonds de cette vibration restent mystérieux et c’est à nous de décoder ce qui se cache derrière la surface des sentiments des personnages. Le fait que l’auteure utilise maintes fois les phrases courtes met en relief l’hésitation et l’émotion présentes dans le récit, accélérant par la même occasion l’intrigue. Un talent qui, s’il creuse davantage dans le sujet qu’il aborde, aurait la force de créer des vagues bouleversantes.  

Conclusion 

En somme, ce fut une découverte comblée de satisfaction, me faisant découvrir ainsi une auteure dont la plume m’intrigue tout particulièrement. Le récit à la fois léger et intime évoquant les relations d’une famille aux branches multiples saura vous captiver pendant ces deux cent pages. Ne vous fiez surtout pas à cette incompréhension du début et laissez vous porter par les mots ! Un beau remerciement aux éditions Livre de Poche !

La vie adulte de Virginie Mouzat

La vie adulte
Virginie Mouzat





Éditions : Albin Michel
Traduction : Aucune
Année : 2010
Pages : 132
Catégorie : Drames
Âge : Dès 13 ans 

Résumé

« Ma mère était partie. Volatilisée. Je l’imaginais portant son vison jour et nuit, accrochant la lumière des phares sur sa fourrure sombre, jambes nues déjà. »La mère a disparu comme une image de ce temps-là, début des années 70, quand l’idéal de vie et de réussite était la maison individuelle, la Ford Taunus et le vison. C’est ce vide que découvre sa fille adolescente, enfermée dans son désarroi, le blanc de la vie adulte devant elle en énigme.Style minimaliste, rythme sourd, Virginie Mouzat explore ce ballet d’ombres, ce passage du négatif à la couleur quand on sort de l’enfance par l’épreuve de l’absence et du silence.Journaliste au Figaro, Virginie Mouzat a publié en 2009 un premier roman, Une femme sans qualités, qui a remporté le prix Coup de coeur de Marie-Claire et le prix Montalembert.  


Source : decitre.fr




Mon avis ( octobre 2010 )

 

 La vie adulte de Virginie Mouzat est un roman que j’ai trouvé particulièrement étrange, lequel m’a laissé baigné dans une étrange langueur par la suite. Il m’est difficile d’en faire un avis, car je dois l’avouer d’ores et déjà que cette lecture ne m’a offert aucun plaisir, ou sinon seulement celui de percevoir parmi mon ennui le charme ondulé de l’écriture. C’est difficile de ressortir d’un livre sans éprouver ce sentiment de légèreté résultant de la satisfaction puisque le malaise s’installe et on a l’impression d’avoir été un mauvais lecteur. De même, on se sent inconvenant d’écrire notre déplaisir et c’est ce sentiment que je ressens en ce moment. Mais je n’ai point le choix d’émettre mon ressentis quant à sa lecture et j’espère que vous comprendrez que tout ceci est subjectif puisque les critiques littéraires n’ont que de bons mots à l’égard de ce roman.  

L’histoire 


Le récit tourne autour d’une adolescente qui entame progressivement son passage vers le monde des adultes. Malheureusement, l’absence de sa mère, envolée sans ne plus revenir, fera se développer chez-elle un manque que la jeune fille ne saura combler. Au fil des pages, elle nous dévoile ses pensées, sa perception des situations se déroulant dans son existence tout en refoulant l’effervescence de ses émois intérieurs. Ainsi, d’une façon intimiste dans laquelle on sent la vibration de son trouble, on la suit à travers son regard et on observe son évolution vers la vie adulte. Nonobstant la structure soignée, réaliste et poignante, je n’ai pas su embarquer dans son histoire. J’avais l’impression de voyager sur une route neutre, sans vallon, sans courbe, bref, sans actions venant me surprendre ou m’émouvoir davantage. La lenteur de l’intrigue m’ennuyait et bien que j’admire la richesse des phrases, je ne faisais que lire sans le vivre. Je n’étais pas bouleversée par le chemin emprunté par l’auteur pour aborder l’absence de la relation mère-fille dans la vie de Dominique ou son entrée en silence dans l’univers des adultes. Et comme j’ai une relation harmonieuse et privilégiée avec ma mère, je ne pouvais que me sentir loin de cette réalité.
      
Personnages               
              
 Je n’ai pas vraiment saisi le personnage de Dominique, ou devrais-je dire Nathalie ( elle utilise le prénom de sa mère ), même si nous voyons en quelque sorte à travers ses yeux. Personnellement, j’ai trouvé sa personnalité un peu terne et elle m’apparaît comme une jeune femme plutôt réservée et enfouissant ses émotions derrière sa façade. Difficile à lui mettre qualités et défauts, car elle m’est apparue tout au long comme un fantôme dont on ne peut discerner les traits.   

Écriture 

J’ai trouvé la forme d’écriture merveilleuse, notamment par ses métaphores soignées, sa prose tout à fait savoureuse et son langage soutenu. Cependant, encore une fois, je n’y ai pas accroché. Je me délectais des phrases, mais la plume de l’auteure n’arrivait pas à m’embarquer avec elle. La raison m’échappe et je ne peux que l’accepter. Je sais seulement une chose : il y a un talent particulier sous ces mots.   

Conclusion 

Ainsi, vous aurez compris, ce ne fut pas une lecture qui m’a apporté satisfaction, bien que j’aurais adoré le contraire. Or, je serais curieuse de lire une autre œuvre de Virginie Mouzat afin d’y voir à nouveau cette lueur de somptuosité silencieuse. Un mot de remerciement aux éditions Albin Michel et Blog-O-Book pour ce livre !

vendredi 22 octobre 2010

Bouquiner d'Annie François

Bouquiner
Annie François


 Coup de coeur !





Éditions : Seuil
Année : 2000
Pages : 203
Catégorie : Autobiographie
Âge : --
Temps de lecture : Deux jours
Résumé : En épigraphe, A. François indique cette définition du verbe bouquiner : "s'accoupler avec un lièvre ou un livre". Ce passionnant voyage dans nos rapports au livre confirme qu'il s'agit bien, en effet, d'accouplement. Lieu et position de lecture, façon de marquer la page, manières de se procurer un livre ou de le faire lire à ses amis, de choisir, de ranger… Les livres en appellent à nos cinq sens, et surtout ils disent une foule de choses sur nous et notre vie, qu'ils peuvent d'ailleurs envahir à l'occasion. Chacun trouvera son compte dans cette "autobiobibliographie", véritable hommage au livre et à la lecture. 


Source : livre.fnac.com

 

 

Mon avis ( août 2010 ) : Bouquiner est ce livre qui convient à ces personnes qui vouent leurs instants, leurs loisirs et, pour certains, leurs nuits aux trésors encombrant les bibliothèques. Une tendre « autobibliographie » dont l’auteur relate sa vie littéraire, passant de la simple manie à ses préférences de lecture. Comment ne pas se retrouver dans ses mots ? On se souvient tous de nos singuliers rituels qui paraissent pour le moins inattendu aux yeux des témoins ou la ruse dont nous faisions preuve pour réussir à lire sous les draps quand nous étions plus jeunes. Toutes ses obsessions et habitudes forment le sac à dos de chaque lecteur, non sans oublier la touche personnelle que nous leur conférons tels que les genres adulés, les tics qui peuvent se dissembler ou les choix de la rencontre avec le livre ( un fauteuil, un lit, une plage, un banc, etc. ). C’est pourquoi, en parcourant ce petit bouquin, je me suis retrouvée si facilement dans ses dires et que je faisais à l’occasion une grimace amusée en lisant certains passages qui me correspondaient ( comme vous d’ailleurs, j’en suis sûre ). Un petit bijou, bien qu’il y ai de nombreux morceaux qui n’ont plus attrait à la lecture et auraient pu être omis lors de la rédaction, car l’auteure s’éloignait du sujet. Oui, il est intéressant de connaître un peu de sa vie privée à travers son épopée « lecturienne », mais tout ne suscite pas l’intérêt, alors pourquoi mettre ces détails ? N’importe, ce pittoresque roman est une lecture légère qui fera plaisir à de grands amoureux et qui rapprochent ceux-ci au sein d’un regroupement mental extraordinaire, car on ne peut s’empêcher de penser à tous ces autres lecteurs qui partagent les mêmes secrets et combien un livre peut égaler l’importance d’un trésor. Il est certain qu’après cette lecture, on ne voit plus nos rites essentiels avec le même état d’esprit qu’avant.  


De ce fait, c’est un roman qui assemble notre petit groupe et on se sent intimement lié avec l’auteure par la force des livres. Celle-ci a une vie qui se rapproche de la nôtre, entre une pile de romans dévastant l’endroit qui les abrite, la difficulté de se séparer d’un tierce bouquin lorsqu’un prêt est à l’horizon ou notre liste interminable regroupant les futurs futurs livres qui seront un jour nos confidents. L’écriture porte à l’agrément et à la réjouissance par sa douceur phrasée qui obéit quelques fois à la raillerie. Je ne peux en dire plus, car c’est à vous de découvrir à nouveau le lecteur que vous êtes et à passer un délicieux moment de détente parmi une reposante marrade et une tendresse assurée. Un coup de cœur que j’offrirai à chaque confident des livres !

Extraits du roman : « Enfin, je me débrouillais, lisant jusqu'à pas d'heure. Mais, toujours, une voix impérieuse m'ordonnait d'éteindre. Trahie un soir par le rai de lumière sous la porte, comme tous les enfants liseurs, je passai au stade de la lampe de poche, suffoquant sous les draps, avec de brefs périscopages pour respirer. Quand les adultes sortaient, revenue à la surface, à la clarté de la lampe de chevet, je lisais tout mon soûl. Leurs pas dans le couloir sonnaient l'extinction des feux dans un affolement total. » p. 10. 

Monstres ( tome 1 ) de JM Bonnel

Monstres ( tome 1 ) : Gorgone






Éditions : Les Éditeurs Réunis
Année : 2010
Pages : 434
Catégorie : Romans jeunesse
Âge : Dès 10 ans
Temps de lecture : Cinq jours

Résumé : Théodora est une jeune fille à qui la vie sourit depuis sa naissance. Dotée d'une intelligence et d'une malice sans bornes, Théo est d'une beauté simple et envoûtante. Ses grands yeux verts et sa longue chevelure d'or attirent souvent la convoitise. La vie de Théo bascule lorsque la déesse de l'amour, Aphrodite, se laisse convaincre que la jeune fille la surpasse en grâce et en beauté. Folle de rage, Aphrodite change Théo en « gorgone » : la
longue chevelure dorée de la jeune fille fait place à de terribles serpents, et son regard d'émeraude autrefois si doux a désormais le pouvoir de figer à jamais les gens en statue de pierre. Pourchassée, malmenée par les habitants de son propre village, Théodora n'aura d'autre choix que de vivre comme une recluse. Elle préparera alors sa vengeance et Aphrodite sera piégée par la jeune gorgone.

Deux mille ans plus tard, un jeune Chaman nommé Solan vient demander l'aide de la gorgone. Privés de la déesse Aphrodite, les Hommes ne connaissent plus l'amour, et le peu d'humanité qui leur reste est en voie de disparition. Théodora devra donc faire un choix : suivre Solan dans sa quête ou se détourner du sort des Hommes, ceux-là mêmes qui ne
voient en elle qu'une seule chose : UN MONSTRE.


 

Source : renaud-bray.com










Mon avis ( juillet 2010 ) : Il y avait longtemps que je n’avais pas lu une série fantastique consacrée à la jeunesse ( bien que cela me plaît toujours autant aujourd’hui ! ). Cela me rappelait inévitablement les romans arrosés de fantasy que je lisais plus jeune. Ainsi, il n’est pas incroyable que j’ai immédiatement accroché à ce premier tome qui offrait, malgré une intrigue concoctée à partir des mêmes ingrédients que les autres de son genre, une liaison entre les mythiques créatures des grimoires et les problèmes réguliers qui découlent de l’adolescence. Un mélange magnifique, car le récit aborde avec humour et goétie le racisme quant aux différentes races et la façon de s’accepter tel que l’on est. Une idée adéquate pour que les jeunes lecteurs s’identifient à cette adolescente en quête d’identité tout en se familiarisant avec les effluves illustres des légendes fantastiques entourant les êtres imaginés et les dieux du temple grec. Bien évidemment, l’écriture n’est pas incomparable et les rebondissements se prévoient à l’avance, mais ces détails ne sont que poussière lorsqu’on se régale de l’odyssée de Théodora, cette gorgone néophyte dont l’identité se voit basculer alors que son existence s’écroule à cause de la jalousie de la déesse Aphrodite. Et deux mille ans plus tard, elle ouvre les yeux sur un univers qui n’est pas le sien, sur des individus dissemblables, lesquels elle devra aider pour les sauver d’une vie sans amour et s’aider soi-même par la même occasion. Cependant, un petit point à surveiller : j’ai retenu quelques erreurs dans la construction de l’histoire. Primo, comment la déesse de l’amour peut-elle être farouchement jalouse d’une jeune grecque à la beauté singulière ? Car Aphrodite, si on en croit son statut, ne devrait en aucun cas ressentir de la jalousie puisque l’amour n’est pas envieux, il est d’une pureté inconditionnelle. Oui, elle est peut-être également la déesse de la beauté pour les Grecs, mais si son royaume est l’amour, alors son comportement ne peut être le sien. À moins qu’elle est la déesse d’une sous-catégorie de l’amour, ce qui est fort possible… Secundo, comment Théodora, malgré son statut nouveau de gorgone, peut sommeillé pendant deux mille ans sans en ressentir les secousses dévastatrices ? Sans mourir de faim, de soif ou de vieillesse ? Une erreur plutôt percutante, mais qui se pardonne facilement, croyez-moi !

Jusqu’à un certain point, je me suis retrouvée dans le personnage de Théodora, car nous avons un caractère similaire, une carapace aussi étrange que futile. Nous avons une impatience exagérée et une « tête de cochon  » qui, excluant un objectif à atteindre, ne peut qu’apporter de mauvaises choses lorsqu’on l’utilise à un moment non propice. Et la carapace nous sert à nous protéger des autres, peu importe leur personnalité. Mais la similarité s’arrête à cet endroit puisqu’elle a son individualité propre. Sa témérité égale son courage et peu importe les circonstances de la vie, elle est prête à se donner corps et âme lorsque son choix est réalisé. Malheureusement, sa transformation et l’expulsion de sa famille qui en est résulté a fait d’elle une personne qui n’accepte pas la main des autres et préfère demeurer dans la solitude avec son meilleur ami, qui est nulle autre qu’une souris à la conscience culturelle chevronnée ( une souris amoureuse des livres, en plus ! ). Toute confiance s’est volatilisée et lors de ses aventures, elle la recouvra petit à petit, de même qu’elle acceptera de s’aimer comme elle est et de ne point s’haïr à cause de son apparence trompeuse. C’est grâce à Catherine, Casey, mais surtout à Solan, qu’elle retrouvera son identité. Ce dernier est un chaman exemplaire, à l’écoute des besoins des autres et doté d’un humour généreux et d’un courage qui lui vient de sa difficile existence dans un monde engloutit par l’hypocrisie. Bref, c’est un jeune homme charmant ! Cependant, il a une tête aussi têtue que Théodora, ce qui provoque des disputes assez tumultueuses et ils ont tous les deux besoin de faire confiance à leur cœur, surtout Solan qui n’en est pas moins confus de ses sentiments que son amie. Casey et Catherine, quant à eux, sont frère et sœur, mais qui ont été séparés lors de l’enfance à cause de leur statut différent. Le jeune homme, brave et solitaire, a dû combattre les impuretés des camps pendant de nombreuses années tandis que sa sœur a baigné dans un narcissisme sans amour, ce qui lui vaut un caractère égocentrique cachant un manque flagrant de tendresse. Je me suis trompée au début sur leur compte, notamment Catherine, et après coup, ce sont des adolescents admirables aux qualités étonnantes et j’ai été émue de les voir recouvrer un puissant lien fraternel après bien de placidité. Et comment ne pas passer à côté des humains, nous-mêmes, tapis dans une ville déformée par l’égoïsme et le pouvoir ? N’est-ce pas une brève vision de notre société moderne qui pas à pas frôle l’hypocrisie ? Il est difficile de croire que nous égalons à peu près cette terre balayée par l’ego et la peur. Les romans, même jeunesse, nous montre souvent une part de véracité : il en est de même pour celui-ci, bien que cette part demeure dans les coulisses.

En outre, vous avez compris, j’ai été emballée par ce premier tome et que je ne passerai pas à côté des prochains volumes qui relatent le chemin de vie de quelques personnages mentionnés dans ce récit. Lorsqu’un livre touche un sujet aussi profond que la quête de soi, je suis irrémédiablement captivée. N’est-ce pas l’un de nos buts, trouver notre identité personnelle dans un monde aussi instable que le nôtre ? Les jeunes adoreront, les adultes également, et je dois avouer que beaucoup d’adolescents s’y retrouveront puisque ce fut moi-même mon cas. L’écriture de l’auteure se marie bien à sa catégorie : simple, douce, qui va droit au but sans tomber dans des détails métaphoriques ou des descriptions volumineuses auxquels les jeunes n’auraient pas accroché. En bref, une délicieuse série qui feront sentir à ses lecteurs que le monstre que nous croyons être n’est qu’un léger masque cachant notre humanité et notre vraie individualité.

Extrait du livre : « Mais elle était libre de quoi au juste ? De rester terrée sa vie entière au fond d'une grotte ? De tuer d'un simple regard les gens qui la mettraient en colère ? De vivre comme un animal blessé ? Non, Théodora n'était pas dupe : elle était tout, sauf libre ! Pour être honnête, elle était même plutôt prisonnière. Prisonnière de qui elle était et de sa vie... » p. 62.

Une vie de Guy de Maupassant

Une vie



 Coup de coeur !



Éditions : LGF
Année : 1990
Pages : 336
Catégorie : Classique
Âge : Dès 14 ans
Temps de lecture : Quatre jours
Résumé : Jeanne, fille unique très choyée du baron et de la baronne Le Perthuis des Vauds, avait tout pour être heureuse. Son mariage avec Julien de Lamare, rustre et avare, se révélera une catastrophe. Sa vie sera une suite d'épreuves et de désillusions. Ce roman, le premier de Guy de Maupassant, est une peinture remarquable des moeurs provinciales de la Normandie du XIXe siècle : hobereaux, domestiques, paysans y sont décrits avec beaucoup de réalisme. 

Source : livre.fnac.com


Mon avis ( juillet 2010 ) : Ce livre s’est révélé être un coup de cœur pour moi parce que le personnage que l’auteur met en œuvre au cours de cette histoire m’a ébranlée puisque j’y retrouvais une part de moi-même. Cette jeune femme dont le rêve doublé de romantisme était de vivre une vie idéale se voit, après un mariage auquel elle s’attendait être l’ouverture de sa vision idyllique de sa jeunesse, piétinée par la nouvelle personnalité et les actions infidèles de son mari. Elle y découvre également la condition de la femme dans le mariage qui ira même jusqu’à engendrer des angoisses la menant à la désillusion. Son enfant, qu’elle abhorrait au début de sa grossesse, fut son véritable bonheur dans sa vie et le seul but que Dieu lui offrait, bien que son fils devint généreusement gâté et elle, une excessive mère poule. L’auteur, qui a voulu détailler les circonstances d’une vie malheureusement vécue par beaucoup de personnes à cette époque, a abordé différents sujets touchant la vie de couple, notamment l’infidélité qui était presque une coutume chez les hommes au XIXe siècle ( et même encore aujourd’hui, il faut l’admettre ). Jeanne voit sa vie anéantis lorsqu’elle constate que son mari cache des infidélités conjugales et que sa servante porte un pauvre enfant de lui. De même, la trahison de son mari quant à sa personnalité qui change du tout au tout après son mariage est un autre coup difficile à supporter pour la jeune femme qui baignait jusque là dans l’innocence du rêve utopique ( quoique je ne voyais pas ses rêves comme une utopie, au contraire de l’auteur ). De là, naisse des angoisses et des dégoûts à l’égard de la sexualité et des hommes qui apparaissent dès les premiers instants de son mariage. Ses peurs sont peut-être mis à l’écart lors de l’histoire, néanmoins nous les ressentons dans chaque détail de sa vie et ce seul constat a fait naître en moi une immense compassion. Paradoxalement, derrière la vie de conjugale de Jeanne, le récit effleure les joies de mère nature par l’entremise de l’amour que lui porte le personnage et également la religion catholique qui avait une emprise singulière sur l’existence des paysans. E il ne faut point oublier les liens familiaux qui viennent prendre une grande place dans le cœur de Jeanne puisque ses relations avec ses parents sont l’une de ses seules allégresses.

Ainsi, l’histoire dépeint avec réalisme l’identité et l’existence de Jeanne qui est le miroir de nombreuses femmes du XIXe siècle. Les problèmes se voient les mêmes, mais il reste que cette jeune dame a une personnalité qui mérite bienveillance puisqu’elle a su, malgré les malheurs de son couple, tenir tête à ceux-ci et à s’accrocher à des buts qui pouvaient la rendre heureuse. Cependant, même si son courage et l’affabilité de son caractère demeurent ses qualités primaires, Jeanne camouflent des faiblesses et des désespoirs qui la rendent moins vivante qu’elle ne l’était au départ. Devant cette âme si bonne, je ne pouvais que m’attacher et je regrettais l’adolescente naïve qui séjournait encore au couvent, humble demeure qui la protégeait des griffes de sa future vie. Mais elle ne pouvait savoir que le galant homme qui l’emmenait amoureusement dans des croisades en mer avec son père cachait une arrogance et une placidité à fendre le cœur, en plus de son instabilité de mari fidèle. Voilà ce Julien est et dont je doutais déjà de son honnêteté lors des prémices de leur relation. Un homme comme lui, manipulateur et avare de richesse, ne mérite pas de prendre pour épouse une femme dotée d’une merveilleuse sensibilité. De même, le fils qu’elle mettra au monde ne portera point d’amabilité à son égard en empruntant constamment son argent pour des dettes de jeu, perdu quelque part en Europe. Mais on ne peut guère lui en vouloir, car sa jeunesse gâtée a eu raison sur ses attitudes à l’âge adulte et on ne peut que blâmer l’état mère poule de Jeanne qui a également ses raisons. Son père chaleureux et fier de sa fille qui cherche a lui procurer un bonheur perpétuel et sa mère maladive perdue dans les pages du passé composent sa famille se mouvant autour de sa route mouvementée qui prendra un sens meilleur quand sa vieillesse commencera doucement à prendre le monopole sur son corps.  

En bref, vous comprendrez que j’ai adoré ce roman simple à la base, mais qui aborde des sujets délicats. Le personnage de Jeanne, image des femmes aux prises avec des malheurs conjugaux tant à cette époque qu’à la nôtre, est une demoiselle qui restera à jamais gravé dans mon parcours littéraire, car son histoire ne peut qu’apporter questionnements sur les desseins de la vie. L’écriture spontanée de Guy de Maupassant est généreuse d’émotivité et de descriptions créant une intimité avec le protagoniste. Ce fut un plaisir de l’accueillir sur ma route et il a réussi avec maîtrise l’illustration d’une vie, de là où vient le simple titre. Un auteur que je suivrais pas à pas dans ses romans avec toujours ce même bonheur ému. Un coup de cœur inévitable !

Extrait du roman : « En certains jours cependant Jeanne se reprenait à rêver. Elle s'arrêtait doucement de travailler, et, les mains molles, le regard éteint, elle refaisait un de ses romans de petite fille, partie en des aventures charmantes. Mais soudain, la voix de Julien qui donnait un ordre au père Simon l'arrachait à ce bercement de songerie ; et elle reprenait son patient ouvrage en se disant : " C'est fini tout ça " ; et une larme tombait sur ses doigts qui poussaient l'aiguille. » p. 114.

jeudi 21 octobre 2010

Les Misérables ( tome 1 ) de Victor Hugo

Les Misérables ( tome 1 )
Victor Hugo




Éditions : Livre de Poche
Année : 1998
Pages : 992
Catégorie : Romans classiques
Âge : Dès 14 ans
Temps de lecture : Deux semaines
Résumé : Fantine, jeune mère célibataire, sans ressources, abandonnée par son amant alors qu'elle était enceinte, doit subvenir à ses besoins et à ceux de sa fille, Cosette ; elle la confie donc à un couple d'aubergistes peu scrupuleux, les Thénardier. Jean Valjean, ancien forçat, endurci par un sort peu favorable, décide de recouvrer sa dignité et commence à aider Fantine, qu'il rencontre par hasard dans son usine. Malgré le faux nom qu'il utilise, M.Madeleine, alias Jean Valjean, est reconnu par Javert, un policier, et retourne au bagne. Il réussit néanmoins à fuir à nouveau dans l'unique but de sauver et de s'occuper de Cosette, malgré les obstacles... Victor Hugo signe ici la plus grande épopée française populaire, avec comme toile de fond Paris, ses quartiers et son histoire !

Source : evene.fr 

Mon avis ( mai 2010 ) : Ce roman d’humanisme a été une lecture très différente des autres et il en est résultée de nombreuses joies, mais également un point négatif qui aurait pu être fatal pour ma lecture si elle était toute autre. Tout d’abord, je ne peux que faire éloge en premier de ses qualités exemplaires qui font de ce bouquin un message inspirant et bouleversant pour quiconque ne se ferme pas les yeux sur la pauvreté. Les Misérables, ce sont tous ces gens victimes du poids de l’argent sur leur vie qui continuent pourtant, braves devant les tempêtes, à vivre et à attiser une lueur d’espoir dans un recoin de leur être. Victor Hugo les dépeint avec une virtuosité émouvante, nous entraînant dans l’ombre de leur vie et nous contant leurs péripéties qui, contre toute attente, seront leur délivrance pour certains. Le talent de l’auteur n’a d’égal que sa sincère sapience qui fait de lui un homme et un écrivain à la philosophie pondérée. Il a une vision toute autre des bas et des hauts de la société, de l’humanité en général, et cette perspective véhiculée dans le récit embaume très bien l’histoire. Celle-ci débute auprès d’un prêtre à l’honnêteté et à la charité inusitée. Par lui, d’autres personnages s’entrecroisent, se laissent et se moulent au gré du temps avant que nous fassions rencontre avec les principaux acteurs de cette aventure, soit M. Madeleine et Cosette ( il y en aura sûrement d’autres puisque c’est seulement le premier tome ). Parmi toutes ces personnes, nous découvrons la véritable pauvreté et combien la charité peu même exister dans ces sombres bas-fonds piétinés par la société. Nous y rencontrons des vrais gens, non pas des citoyens portant un masque d’orgueil et d’indifférence, mais de véritables individus doués d’authenticité. C’est une famille élargie qui a affronté toutes les affres du destin et qui en est ressortit grandie et complet. Il y a notamment l’histoire de Fantine, puis de Cosette, sa fille orpheline qui sera le rayon ensoleillé des prochains tomes. Cette mère et cette enfant ont été séparées par les coups jaloux de la haute collectivité, mais l’enfant sera sauvé par un ancien forçat. Bien évidemment, il y a aussi de mauvaises personnes, même au sein des pauvres, et il y en aura toujours. Cela m’amène à vous décrire en quelques mots le point négatif qui a alourdi ma lecture ; il y a de nombreux passages interminables, parfois même de vastes chapitres, qui envahissent le livre et qui auraient pu ne pas être ou du moins, auraient pu être condensés. Je parle notamment de la bataille de Waterloo qui ne finissait guère ( des chapitres et des chapitres… ) et dont la nécessité était tout a fait minime. Je pensais m’endormir et heureusement que la plume de Victor Hugo était assez magnifique pour soulager mes envies de sommeil ! 

Abordons maintenant les personnages, notamment la petite Cosette, cette ange parmi les Misérables. J’étais attachée à elle bien avant cette lecture puisque j’écoutais le dessin animé des Misérables lorsque je n’avais pas encore dix ans. Et cette tendre fillette est restée dans mon esprit jusqu’à ce que j’entre dans le récit originel. Une seconde fois, je me suis éprise d’un amour maternel pour cet enfant obligé de devenir l’esclave de pauvres aubergistes qui ne sont pas mieux que les riches hautains. Séparée de sa mère dès les prémices de son enfance à cause des moyens insuffisants de Fantine, elle n’a jamais connue cette étrangère et ignore tout a fait ce que s’est d’être aimé par un entourage. Sa mine grisâtre, harassée et craintive, alors même qu’elle n’a que huit ans, nous dévoile sa vraie nature, une enfant hardie malgré sa prison et encore envahie par des rêves intérieurs qui ne peuvent franchir les limites de son esprit. Lorsqu’elle est enfin libérée du joug de cette famille délabrée par l’obscurité, nous rencontrons une autre facette de sa personnalité, celle qui s’illumine devant tous les cadeaux que lui offrent sa nouvelle existence. Un ange adorable qui m’a ravie le cœur dès sa première présence au sein du récit ! Mais il y a également les autres protagonistes, tous aussi aimables que la jeune enfant. Je parle par exemple de Fantine, la mère éprouvée mais courageuse de Cosette dont le seul désir est d’embrasser à nouveau le visage de sa progéniture ; M. Madeleine, alias Jean Valjean, ancien forçat épargné et instruit par un honorable prêtre qui prendra sa place et sauvera à son tour une personne merveilleuse ; et finalement, le prêtre, M. Myriel, qui est la personnalité de Jésus incarné, un homme digne d’éloges et premier personnage de l’histoire. Il ne faut guère oublier aussi les individus moins débonnaires de l’histoire comme les Thénardier, ces aubergistes acrimonieux et leur deux filles gâtées ( malgré leurs moyens ) qui ont fait de Cosette une esclave effarouchée, ainsi que Javert, ce fameux officier de la justice dont la froideur et ses manières autoritaires ne peuvent en faire frissonner plus d’un.  

En conséquence, tous ces personnages captivants en plus de l’écriture probe et édifiante de l’auteur forment un classique exceptionnel qui rend hommage à la littérature française du XIXe siècle. Cependant, bien qu’il m’en déplaise, il ne sera pas un coup de cœur pour moi malgré tous mes éloges, car les longueurs ont été assez rusées pour altérer cette lecture qui aurait pu devenir un chef d’œuvre pour mon amour littéraire. Or, je ne dis pas cela pour vous dissuader de le lire, car il reste tout de même un roman sublime en quête de nouvelles âmes à toucher. L’histoire des Misérables est davantage un message d’altruisme qu’un simple récit et ce seul constat fait de lui un classique français à découvrir dans les plus brefs délais. Il me tarde désormais de lire les deux autres tomes et de retrouver la tendre Cosette !

Extraits préférés du roman : « Que fallait-il de plus à ce vieillard qui partageait le loisir de sa vie, où il y avait si peu de loisir, entre le jardinage le jour et la contemplation la nuit ? Cet étroit enclos, ayant les cieux pour plafond, n'était-ce pas assez pour pouvoir adorer Dieu tour à tour dans ses oeuvres les plus sublimes ? N'est-ce pas là tout, en effet, et que désirer au-delà ? Un petit jardin pour se promener, et l'immensité pour rêver. À ses pieds ce qu'on peut cultiver et cueillir ; sur sa tête ce qu'on peut étudier et méditer ; quelques fleurs sur la terre et toutes les étoiles dans le ciel. » p. 74.

« Ces choses si magnifiques et si jolies ne lui paraissaient pas réelles. La poupée lui faisait peur, la pièce d'or lui faisait peur. Elle tremblait vaguement devant ces magnificiences. L'étranger seul ne lui faisait pas peur. Au contraire, il la rassurait. Depuis la veille, à travers ses étonnements, à travers son sommeil, elle songeait dans son petit esprit d'enfant à cet homme qui avait l'air vieux et pauvre et si triste, et qui était si riche et si bon. Depuis qu'elle avait rencontré ce bonhomme dans le bois, tout était comme changé pour elle. Cosette, moins heureuse que la moindre hirondelle du ciel, n'avat jamais su ce que c'est de se réfugier à l'ombre de sa mère et sous une aile. Depuis cinq ans, c'est-à-dire aussi loin que pouvaient remonter ses souvenirs, la pauvre enfant frissonnait et grelottait. Elle avait toujours été toute nue sous la bise aigre du malheur, maintenant il lui semblait qu'elle était vêtue. Autrefois son âme avait froid, maintenant elle avait chaud. Elle n'avait plus autant de crainte de la Thénardier. Elle n'était plus seule ; il y avait quelqu'un là. » p. 446.

L'ange de Marseille de Cyril Carau

L'ange de Marseille






Éditions : Sombres Rets
Année : 2008
Pages : 190
Catégorie : Romans policiers / thrillers / espionnage
Temps de lecture : Trois jours
Âge : Dès 14 ans
Résumé : Après le mystérieux incendie de leur bistrot, Ange Saint-Gabriel et Robert Gianotti, deux sympathiques quinquagénaires, aidés de Luigi dit l’Anguille, doivent faire face à une palanquée de problèmes. Mais les trois hommes ne sont pas à cours de ressources et dans leur quête de vérité, de justice et de plaisirs, ils croiseront dans la cité phocéenne, de la Joliette aux Goudes, en passant par l’opéra et la Canebière, des flics ripoux, de charmantes infirmières, un vieux mercenaire, un authentique privé « marseillo-new-yorkais », des politiciens par très clairs, un magnat retiré des affaires, de belles dames en détresse, et même Huguy les bons tuyaux !
Avec l'Ange de Marseille, Cyril Carau s’est efforcé de retrouver cette gouaille typique du Sud, des personnages et des situations haut en couleurs, mêlant le rire au tragique, des galéjades qui flirtent avec l'invraisemblable et des moments de tendresse bons et doux comme la caresse du soleil. L’auteur espère autant amuser, faire rire qu'émouvoir...
Ce polar marseillais, servi frais par Cyril Carau, est à lire sans modération ! Au début de l'ouvrage, on pourra trouver un petit lexique à l’usage des estrangers qui facilitera la compréhension de certaines expressions et termes propres au « parlé marseillais ».
Et à la fin, en bonus, on pourra lire une aventure de Gabriel Darso, un des protagonistes secondaires du roman, dans une nouvelle se déroulant à New-York et intitulée la logique Rhodes. 

Source : sombres-rets.fr 


Image hébergée par servimg.com


Mon avis ( avril 2010 ) : Je ne sais que penser après avoir fermé cet étrange roman. J’ai un sentiment mitigé qui se confond entre deux points : un ennui équivoque, mais également une douce appréciation. Comment départager ? Au départ, à la minute où les mots se sont étalés dans mon esprit, je me suis demandée dans quel monde je m’embarquais. Il ne faut point oublier que pour moi, pure québécoise, cette histoire fut un dépaysement complet, notamment à cause du jargon marseillais qui m’a laissée médusée. À chaque paragraphe, je devais filer vers le lexique, les yeux agrandis de surprise par ce patois biscornu et gondolant auquel j’ai eu une certaine difficulté à m’habituer. Par la suite, ce langage m’est devenu familier et n’a plus altéré ma lecture, sinon les quelques jurons français et marseillais. Quant à l’histoire, elle était plaisante, mais sans plus. Deux hommes entichés des sbires de la modernité se voient anéantis lorsque leur bar prend feu soudainement, fruit obscur d’étrangers redoutables. Ces deux hommes dans la cinquantaine vont alors se prêter à une nouvelle existence en formant un cabinet qui offre des soins ésotériques ( ou même implicitement érotiques… ) à de jeunes femmes tout en menant une enquête clandestine avec leurs connaissances sur les hommes qui ont assassiné leur établissement. En outre, un récit dont mon intérêt ne sait pas amouraché autant que je le prévoyais. De ce fait, j’en viens au point qui a suscité mon plaisir pendant cette rocambolesque lecture : l’écriture. En effet, derrière les mots marseillais et les discussions phocéennes, j’ai pris goût à l’écriture de l’auteur qui agit telle une montagne russe, passant de la badinerie aux émotions plus profondes, notamment lorsque le personnage, le narrateur, pense à sa femme défunte. À vrai dire, lors de la conclusion, sa plume a réussi sournoisement à m’arracher quelques larmes au coin des yeux, alors que le ton tragi-comique ne me préparait point à cette triste émotion. Une surprise de taille que j’ai bien appréciée ! 


J’en viens maintenant aux fameux protagonistes qui parsèment l’histoire. Sur ce fait, ils ne m’ont point égaillée, car il m’est impossible d’apprécier concrètement des hommes qui se vautrent dans l’alcool et dans des projets malfamés qui, si nous creusons dans l’implicite, à des échos pervers, peu importe ce qu’ils en disent. Le narrateur, connu sous le nom d’Ange ( un nom ironique, je trouve… ) a été le seul qui, à quelques moments, m’a touchée, mais exclusivement lorsqu’il évoque les souvenirs de sa femme ou l’amitié qu’il porte pour ses acolytes de toujours. Judicieux, pudique et à l’humour quelques fois ironique, il est le plus authentique des deux confrères, car il sait largement garder ses deux pieds sur terre, preuve de son irréfutable sang froid. Néanmoins, sous son apparence qui peut paraître froide à certains égards, il cache une sensibilité accrue qui nous est dévoilée au moment où il s’enfonce dans ses pensées rétrospectives ou même quand une tragédie survient dans la vie de ses amis. N’empêche qu’il reste un homme dépourvu de sens pour sa santé en se soûlant sans condition, ce qui marque un léger désespoir dans son cœur. Par la suite, il y a Robert, cet expressif Robert et coureur de jupons en prime. Véhément et dynamique, il est plus positif et enjoué que son ami, laissant de côté quelques fois la perspicacité. Amateur de ses compères féminines et bonisseur émérite, ce sont ses côtés qui m’ont particulièrement hérissée, car ce genre d’homme ne m’inspire que la méfiance et le dégoût. Passant outre-mesure, ces hommes carabinés vont nous en faire voir de toutes les couleurs, allant de leur nouvelle compagnie truffée de mensonges jusqu’à leur investigation gorgé de dangers. Leurs autres camarades, à savoir Luigi et le « vieux », l’un technicien rusé et chevronné en la matière et l’autre homme sagace et philosophe, vont eux aussi s’introduire dans le paysage avec leur singulière personnalité. 

De cette façon, je n’ai ni apprécié, ni détesté ce bouquin aux saveurs truculentes et marseillaises qui déconcertent quiconque n’a jamais entré dans cet univers. À mon avis, la plume de l’auteur a été la seule chose qui m’a tenue accrochée au récit, nonobstant une histoire qui partait sur une bonne base, mais qui a su tout de même créé en moi quelques ennuis passagers. Ainsi, ce ne fut q’une paisible lecture qui m’a procuré un léger plaisir littéraire, sans toutefois me laisser quelques leçons de moral que j’aime tirer des livres lorsqu’elles se présentent. En ce qui est de l’auteur, je pense peut-être lire une autre de ses œuvres à cause de son écriture prometteuse, même si j’ai quelques appréhensions à l’idée de lire un récit similaire à celui-ci. Or, qui ne tente rien, ne saura rien ! En outre, je remercie beaucoup Blog-O-Book et les éditions Sombres Rets pour cette découverte massaliote.

Extrait préféré du roman : « Je ne vais pas m'appesantir sur nos états d'âme du moment ou les détails secondaires, mais ça nous mangea un peu les couilles de changer du tout au tout notre vie. Ce fut un crève-coeur, quand j'y repense. L'appartement que je quittais, je l'avais partagé avec Jeanne... Ce quartier avait vu naître notre amour, adolescents, et il avait aussi été le théâtre de nombreuses péripéties avec mon ami de toujours, Robert. Ce n'était pas rien, même si on se la jouait costaud. Bien des anecdotes me revenaient en mémoire en longeant la rue de la République jusqu'au Vieux-Port. Le vent sur la mer par exemple nous replongea, Robert et moi, à l'école des pierres plates, quand le soleil revenu nous disait de prendre un bon bain, plutôt que d'abîmer nos culottes sur les bancs du collège. La Joliette, qui avait été l'aube de ma vie, avec ce départ vers l'inconnu, n'en serait peut-être jamais le crépuscule. » p. 45.

Stupeur et tremblements d'Amélie Nothomb

Stupeur et tremblements



Coup de coeur !



Éditions : : Livre de Poche
Année : 2001
Pages : 186
Catégorie : Romans autobiographiques
Âge : Dès 14 ans
Temps de lecture : Une journée
Résumé : Au début des années 1990, la narratrice est embauchée par Yumimoto, une puissante firme japonaise. Elle va découvrir à ses dépens l’implacable rigueur de l’autorité d’entreprise, en même temps que les codes de conduite, incompréhensibles au profane, qui gouvernent la vie sociale au pays du Soleil levant.
D’erreurs en maladresses et en échecs, commence alors pour elle, comme dans un mauvais rêve, la descente inexorable dans les degrés de la hiérarchie, jusqu’au rang de surveillante des toilettes, celui de l’humiliation dernière. Une course absurde vers l’abîme – image de la vie –, où l’humour percutant d’Amélie Nothomb fait mouche à chaque ligne.
Entre le rire et l’angoisse, cette satire des nouveaux despotismes aux échos kafkaïens a conquis un immense public et valu à l’auteur d’Hygiène de l’assassin le Grand Prix du roman de l’Académie française en 1999.

Source : livre.fnac.com 

Mon avis ( avril 2010 ) : Jamais je n’aurais pensé m’attendre à ce type de récit. Avant d’ouvrir ce livre, j’étais particulièrement angoissée. Je me demandais qu’allait être mon opinion à propos de ce roman, si je tomberais sous le charme ou grimacerais de dégoût. Cette angoisse était due à toutes les critiques du « net », car les avis positifs et négatifs se côtoyaient généralement, alors il ne me restait qu’à moi de les départager. Et croyez-moi, je ne pensais guère le dévorer en une journée. Quelle écriture ! Quel humour satirique ! Je suis tombée sous le charme, vraiment, et j’en redemande encore ! Dès que mes yeux ont effleuré les pages, je me suis régalée de cette satire qui m’a fait tant rire, de ce ton caustique, des péripéties de la narratrice ainsi que des passages résumant, toujours avec le même rythme, les coutumes des japonais, notamment celles des femmes. Je ne me suis pas ennuyée outre mesure et je n’y voyais aucune longueur : à vrai dire, le seul point négatif que j’y ai trouvé n’en ai pas un. Puisque, en effet, j’aurais voulu que l’histoire s’étend sur des centaines et des centaines de pages. Je trouvais que son humour nitescent me changeait de toutes mes lectures et j’accueillais ce plaisir littéraire avec un immense bonheur, car les rires qui engorgeaient ma gorge me délivraient de toute angoisse. L’histoire se déroule au cours des années 1990, dans une firme japonaise du nom de Yumimoto. La narratrice ( ou plutôt l’auteure, car c’est un pan de sa vie ) est engagée au sein de cette compagnie sans savoir toutes les mésaventures qui allaient suivre. Dirigée par quatre supérieurs, elle passera d’échec en échecs jusqu’à la plus basse hiérarchie, concierge des toilettes ou « dame pipi », toujours avec son positivisme original et son humour piquant qui s’ajoute bien à son écriture simple, mais ô combien envoûtante. De même, les informations sur les traditions japonaises qu’elle insère de temps en temps en parlant de sa supérieure Mademoiselle Mori m’ont fortement intéressée, étant moi-même une passionnée de leur culture, et découvrir les coutumes strictes des japonaises sur leur vie est quelque chose de touchant puisque les femmes ne se meuvent pas dans un bonheur complet à cause des usages de respect ( exagéré ? ), d’apparence, etc.  

Quant au personnage, elle m’a fait mourir de rire tant elle trouvait les mots justes sur telle action ou s’amusait à nous décrire ses loisirs secrets pour effacer l’ennui ( par exemple, se jeter par la pensée du haut d’une fenêtre ). Sa témérité, son sang-froid, son imagination et son humour au vitriol fait d’elle une personne discrète, mais haut en couleur que nous aimons dès l’instant où notre attention se grave aux pages. J’admire tout simplement sa finesse d’esprit et sa placidité face à ses supérieurs. Dans mon cas, j’aurais craqué dès la première journée ! J’ai été davantage surprise lorsque j’ai su, après quelques recherches, que c’était une autobiographie d’un moment de la vie de l’auteure, ce qui m’a permise d’apprécier le personnage ou l’écrivaine avec plus d’ampleur. Encore maintenant, j’ai dû mal à croire qu’elle ai survécu à tous ses échecs sans avoir démissionné plus tôt. Et quant à ses supérieurs, difficile à imaginer comment survivre à leurs ordres. Mademoiselle Mori ou Fubuki est d’une beauté inégalable, dont nous parle tant l’auteure, c’est pourquoi j’ai bien cru à sa bienveillance du début. Or, rien ne me préparait à affronter la dame tartuffard qui se cachait derrière ce masque d’amabilité. Mais lorsque nous repensons à l’emprise despotique de leurs traditions sur les japonaises, pas toutes bien évidemment, un élan de compassion nous envahi et c’est ainsi que je n’ai pas réussi à haïr complètement Fubuki. En ce qui concerne, les trois autres supérieurs, je n’en dirais que quelques mots : Monsieur Saito est un homme autoritaire, mais honnête et authentique lorsque nous le connaissons véritablement ; Monsieur Omochi est un homme opulent calomnieux et irrévérent ; finalement, Monsieur Haneda est un homme mystérieux, interprété par les yeux de l’auteure comme un dieu, dont le visage témoigne d’une grande bénignité. Tous ces personnages, dont l’homme complaisant connu sous le nom de Monsieur Tenshi, font de ce récit un moment littéraire particulièrement égayant. 

Ainsi donc, cette satire autobiographique est un petit bijou divertissant qui s’ajoute d’ores et déjà dans mes coups de cœur, de même que la plume tout a fait truculente et audacieuse de l’auteure monte dans mes auteurs préférés. Une lecture dérivative aux soupçons nippons que je vous conseille fortement et qui, je l’espère, vous fera le même effet qu’à moi-même. La preuve, l’humour de l’auteure me manque déjà alors que je viens à peine de fermer ce bouquin il y a deux jours. Est-ce qu’une sortie à librairie s’imposerait ? Oh ! quelle tentation… 

Extraits préférés du roman : « Non : s’il faut admirer la Japonaise – et il le faut -, c’est parce qu’elle ne se suicide pas. On conspire contre son idéal depuis sa plus tendre enfance. On lui coule du plâtre à l’intérieur du cerveau : « Si à vingt-cinq ans tu n’es pas mariée, tu auras de bonnes raisons d’avoir honte », « si tu ris, tu ne seras pas distinguée », « si ton visage exprime un sentiment, tu es vulgaire », « si tu mentionnes l’existence d’un poil sur ton corps tu es immonde », « si un garçon t’embrasse sur la joue en public, tu es une putain », « si tu manges avec plaisir, tu es une truie », « si tu éprouves du plaisir à dormir, tu es une vache », etc. Ces préceptes seraient anecdotiques s’ils ne s’en prenaient pas a l’esprit. » p. 94.  

« La fenêtre était la frontière entre la lumière horrible et l’admirable obscurité, entre les cabinets et l’infini, entre l’hygiénique et l’impossible à laver, entre la chasse d’eau et le ciel. Aussi longtemps qu’il existerait des fenêtres, le moindre humain de la terre aurait sa part de liberté. » p. 186.


Critiques d'ailleurs :
Charlie Bobine , Karine , Phil , Allie