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jeudi 23 décembre 2010

La foi du braconnier de Marc Séguin

La foi du braconnier






Éditions : Leméac
Année : 2009
Pages : 146
Catégorie : Littérature québécoise

Résumé 

Marc S. Morris est un chasseur. À demi Mohawk, dans son sang coule une amertume brûlante nourrie de désillusion et, s'il tue les bêtes, c'est pour éviter de tuer les hommes. Pourtant, Marc S. Morris à la Foi, aimerait avoir la Foi. Devenir pape, par exemple. Ou aimer une femme. Dédier sa vie.
C'est le lendemain d'un suicide raté que le narrateur raconte, comme dans un ultime sursis, les dix dernières années au cours desquelles il a sillonné en pick-up le continent à la recherche de cette grandeur qui l'aurait transporté. Vu du ciel, son parcours dessine des kilomètres de mots rageurs qu'il trace minutieusement sur les veines mêmes de cette Amérique qui le déçoit.
Ce récit a la texture de la terre dans laquelle on a planté un couteau, la lumière des tableaux du Titien, une narration ponctuée de références à Nirvana comme à saint Augustin, et pour trame de fond des événements majeurs, joués par des acteurs plus ou moins anonymes, témoignages décapants de ce tournant du millénaire.


Source : archambault.ca



Mon avis
À la fin de cette lecture, qui s’est avérée assez fastidieuse, j’ai eu l’impression de ne point l’avoir lu. Ou plutôt devrais-je dire que je n’ai point su y plonger véritablement pour pouvoir étaler toutes les membranes de cette histoire et y déceler davantage de côtés mélioratifs. Mon plongeon ne s’est point réalisé parce que je n’ai ni saisi le noyau du récit, à savoir la vertu subjective du livre, ni été conquise par la plume et l’écho du récit. Encore une fois, je fus déçue d’un livre ayant rapporté un prix littéraire. Il semble que je n’ai point eu la même vision de cette histoire que les juges ou les personnes qui acclament cette œuvre. Mais je ne m’en plains pas puisque la divergence des opinions est l’une des beautés qui caractérise la littérature. Ainsi, au fil de cette lecture, j’ai été assiégée par l’ennui, mais surtout brimée par la vulgarité des propos utilisés. Je ne suis point de celles qui adornent les récits ayant pour but de choquer ou de faire réagir les lecteurs en usant de vulgarisme, lequel implique souvent des mots salaces. Ce n’est pas que je n’aime point me faire bouleverser par un texte, mais que j’abhorre cette manière d’exprimer les idées, car elle heurte durement mon esprit. Parallèlement, le texte a une absence complète de pudeur et selon moi, cela dénature péjorativement la sexualité qui est exploitée maintes fois au cours du roman puisque la crudité explicite devient particulièrement déplaisante et entache tout plaisir à la lecture. Il en va de même pour les autres thèmes cultivés au sein de cette histoire. La masculinité est évoquée de manière que je qualifie d’insipide, car être un homme n’est point de savoir tuer ou user expressément d’une virilité immodérée qui a tout lieu de rendre l’homme, pardonnez mon expression familière, « macho ». La révolte, le suicide, le côté animal de l’être humain et l’amour ( ceci est un grand mot, car l’expression d’attachement qui se retrouve dans le récit ne peut rivaliser avec la véritable signification de l’amour ) sont également d’autres thèmes qui auraient pu être brillamment exploités s’ils emmenaient le lecteur vers une réflexion morale qui en vaut la peine. Ce ne fut pas le cas, car je n’y ai retiré aucune essence à la fin du livre, ce que j’espère constamment lorsque je plonge dans un roman.

Il me fut également impossible de m’attacher au personnage de Marc, ce chasseur friand de la cuisine découlant de ses chasses et qui se prête un peu trop constamment à l’animal qui est ancré en lui. Désillusionné par la société, il s’enfonce dans une révolte qu’il exprime par des idées suicidaires ou des mots tels que « FUCK » écrit sur des cartes géographiques. C’est un comportement que je peux comprendre puisque la société me désespère tout autant. Par contre, cet état d’émeute intérieur ne m’a point rejoint à cause de son expression externe qui ne m’a apporté aucune compréhension à son égard. De même, d’après la conférence que nous avons eut au Cégep, il y a également la présence d’une critique envers la surconsommation de notre époque. Sincèrement, je ne l’ai point vu, mais peut-être que d’autres ont pu constater cette critique. Le sujet de la chasse dans lequel évolue le protagoniste, étant donné que ce domaine est sa passion, m’a également laissée indifférente, car ce n’est pas un thème qui m’intéresse particulièrement. Cependant, je dois avouer que lorsque Marc décrit les repas où se retrouvent les fruits d’une excellente chasse, je m’extasie presque devant le détail réel de ces plats qui expose judicieusement toutes leurs saveurs. Mais ce point positif n’a pas su largement ramener mon attention au sein du récit.

Conséquemment, ce fut un roman qui n’a semé que le stoïcisme en moi. Nonobstant une écriture au talent bien apprêté, le récit ait resté terne et dérangeant à mes yeux tant par sa structure dont le cadre spatio-temporel est difficile à cerner aux prémices du livre que par ses propos dont la révolte s’exprime à outrance par la vulgarité et la sexualité explicite. Personnellement, bien qu’il ait gagné le prix littéraire des collégiens, ce n’est pas un livre que je conseillerais.




mardi 21 décembre 2010

Plus fou que ça... tumeur ! de Véronique Lettre

Plus fou que ça... tumeur !






Éditions : Stanké
Année : 2010
Pages : 254
Catégorie : Faits vécus¸

Résumé 

Véronique, jeune publicitaire de 37 ans, a trois enfants en garde partagée, deux chats à temps plein et. Un cancer cérébral. Elle a reçu son diagnostic en mars 2009. Rapidement, sa famille et ses amis l'ont submergée de lectures recommandées. Ils avaient tous les meilleures intentions du monde, mais ces lectures étaient lourdes et déprimantes. Vivre le cancer était déjà assez difficile pour Véronique, elle n'avait pas le goût de lire des ouvrages sérieux sur le sujet !
Elle avait besoin de rire et de dédramatiser. Elle avait envie de légèreté pour aborder les mois difficiles qui l'attendaient. Malheureusement, elle n'a rien trouvé. Alors, elle s'est dit : « Pourquoi ne pas écrire moi-même le livre que j'aurais aimé avoir sous la main ? » C'est ainsi qu'elle est devenue la « Bridget Jones » du cancer ! A travers une vie de famille mouvementée, entre les traitements de chimio et de radiothérapie, suivez ses aventures rocambolesques, parfois tristes, souvent drôles, mais toujours touchantes. Peut-être que certains seront offusqués par ses propos car, après tout, comment peut-on rire d'un sujet si grave ? C'est vrai. Le cancer, ce n'est pas drôle. Mais mieux vaut en rire qu'en mourir. Alors, pourquoi ne pas rire avec elle ?


Source : archambault.ca

 


 

Mon avis


Une ravissante découverte que voici ! Aux premiers abords, cela n’aurait pas été une lecture que j’aurais choisit moi-même. C’est pourquoi je suis ravie de l’avoir lu dans le cadre d’un partenariat, car j’aurais passé à côté d’une lecture dont la gaieté et l’audace se mêlent ensemble pour offrir une lecture qui a tout lieu d’être un baume pour le cœur. Le titre peut en surprendre plus d’un, car la notion du cancer s’allie rarement à l’humour. En général, les personnes souffrant d’une tumeur ne voient pas souvent le côté positif dans la vie quotidienne et ceci est tout à fait compréhensif. Or, dans cette légère autobiographie, l’auteure décide d’aborder et de conter sa maladie avec une ferveur teintée de positivisme qui lui permet de saupoudrer son existence avec un brin d’humour attendrissant. On se laisse bercer par son ton allègre qui contraste si étrangement avec le thème de son roman. Mais nonobstant cette facette toute particulière d’évoquer un sujet sensible, le livre n’est pas dénué d’une tendre émotivité. Celle-ci coule entre les mots, à travers la gaieté de l’auteure, à travers son histoire et on ressent ce qu’elle a pu endurer pendant son combat contre la maladie. Je voudrais souligner également la chance qu’elle a eut dans son malheur et elle-même s’étonne des circonstances qui lui ont évité le paroxysme de la gravité de sa tumeur, un saisissement dans lequel on éprouve sa gratitude envers la vie ou même devrais-je dire, son étoile bienfaitrice.

Vous comprenez ainsi que le cancer est le thème central de ce livre. Et lorsqu’on parle de tumeur, on parle également d’hôpitaux. En effet, on constate à travers les « yeux » de l’auteure toute la confusion régnant à l’intérieur de ces bâtiments blanchâtres. Non pas qu’elle dénonce les infirmières et les médecins, puisque ceux-ci sont en quelques sortes des victimes, mais plutôt qu’elle met en évidence par son expérience la désorganisation du système de santé au Québec. Ayant déjà vécu une nuit blanche à l’hôpital, je comprends parfaitement le découragement qu’il l’habite. La confusion règne dans ce système souvent mal organisé, les documents se perdent et si le patient ne suit pas son dossier d’un œil scrupuleux, il est fort probable que les choses n’avancent guère plus rapidement. La responsabilité de Véronique lui a évité au moins ce prolongement, bien que les résultats de ces tests ou autres étaient tout de même long à venir malgré ses efforts. Ainsi, ceci nous offre une vision assez véridique de notre système de santé, de quoi décourager un peu cependant. Toutefois, j’aurais aimé davantage qu’elle pousse dans sa maladie. J’ai eu l’impression de ne voir qu’une mince partie de cette tumeur et étrangement, j’avais de la difficulté à croire que la chimiothérapie et la radiothérapie ne la faisaient pas autant souffrir physiquement ( du moins, c’est ce que je percevais lors de la lecture ). Je pense que j’aurais trouvé ce livre plus complet si elle aurait abordé toutes les facettes de son cancer. Néanmoins, cela ne dérange aucunement le plaisir de la lecture et la personnalité rafraîchissante de Véronique permet à ce que le livre ne soit pas lourd émotionnellement. Les anecdotes fusent et on entre également dans son petit quotidien comme si cette auteure avait été une connaissance bien réelle.

De ce fait, c’est un livre « ensoleillé » que je conseille à tous lecteurs et notamment, à ceux qui ont vécu ou qui subissent les assauts du cancer puisque l’auteure transmet sa part de positivisme à travers les pages. À la fois personnel tel un journal intime et empreint d’humour où s’ajoute quelques fois de l’ironie bien placée, ce roman bienfaiteur est à découvrir rapidement. Chapeau à l’auteure pour ce premier bébé pourvu d’une belle subjectivité ! De même, mes remerciements à Babelio et aux éditions Stanké pour cet intéressant partenariat !


vendredi 22 octobre 2010

Douze coups de théâtre de Michel Tremblay

Douze coups de théâtre



Coup de coeur !


Éditions : Actes Sud
Année : 1997
Pages : 265
Catégorie : Littérature québécoise
Âge : Dès 13 ans
Temps de lecture : Trois jours
Résumé : Mais mon coeur chavira aussitôt que le rideau fut ouvert.
(. ) Derrière, c'était tellement magique avant même qu'un seul personnage n'apparaisse que j'en eus le souffle coupé. (. ) ce morceau de carton ou de bois ressemblait vraiment à un arbre même s'il n'en avait que vaguement l'allure ; le ciel, derrière, trop bleu pour être vrai, l'était quand même, comme les fleurs trop grosses, la balançoire trop jaune. Tout était bâti tout croche mais tout était tellement beau ! Et que dire de la maison ! Une maison comme dans les livres, voilà, c'est ça qui me ravissait le plus : une maison comme dans les livres s'élevait là, devant mes yeux, grande et belle et dont jailliraient, je le sentais, des merveilles.


Source : renaud-bray.com


Mon avis ( juin 2010 ) : Un énorme coup de cœur ! Un des auteurs les plus prolifiques de la littérature québécoise est certainement Michel Tremblay, cet auteur dont la plume m’a fait chavirer dès les premiers instants. Aucun dépaysement, comme si je connaissais cette famille naguère, et leur jargon ressemblait à une berceuse tant elle m’était coutumière. Michel Tremblay dépeignait si allègrement le monde du jeune homme que j’étais abasourdie par cette proximité culturelle. Jamais un roman dans la littérature de chez-nous m’avait fait une telle impression de bien-être, car j’étais en présence de vrais québécois, tant à cause de leur langage que de leur personnalité à toute épreuve. Il y avait peut-être des dissemblances dues à l’année où se déroule l’histoire, dans les années cinquante, mais je reconnaissais à la perfection la vétuste ville de Montréal. De même, le thème si singulier que touche l’auteur dans ce roman m’était tout a fait rassurant puisque je retrouvais les moments de bonheur que me procuraient les pièces de théâtre dans ma jeunesse. Par les yeux de ce garçon, l’auteur, je vivais à nouveau l’extase de se voir déployer des personnages sémillants et excentriques devant un décor qui se vêtait de nouvelles nuances. Je n’étais peut-être pas autant férue du théâtre que Michel, néanmoins j’appréciais ce thème rarement touché qui s’improvisait au fil des découvertes culturelles de l’auteur. Ainsi, ce roman relate, en douze récits, les découvertes théâtrales de l’auteur lors de sa jeunesse. Nous y découvrons l’écrivain au cours de son enfance, de son adolescence et lors de ses prémices dans le monde des adultes, chaque histoire touchant le monde du théâtre de diverses façons. Ce livre ne touche pas seulement le théâtre, mais également la famille typique québécoise, la vie et la jeunesse, ainsi que l’homosexualité. Sur ce dernier point, j’avoue sans mésaise que cela m’a dérangée quelque peu, non pas dans le sens que vous croyez, car je suis loin d’être homophobe, mais dans le sens où je ne peux m’empêcher de faire la grimace en imaginant deux hommes ensemble. Certains dirons que cela s’appelle de l'homophobie, pour moi il n’en est rien, car je les accepte comme ils sont et je ne les dénigrerais jamais, peu importe ce que pense les autres à l’égard de cette appréhension.

Le petit garçon du début m’a beaucoup touchée. J’aimais sa personnalité animée, quelques fois solitaire, ainsi que le pétillement de joie qui s’étalait à l’intérieur de lui lorsqu’il assistait à des représentations. Son authenticité, sa candeur et ses airs réservés me faisaient sourire et j’adorais le voir découvrir un monde auquel il n’avait jamais touché auparavant. Le premier récit m’interpellait beaucoup puisque le petit garçon décrivait à merveille ce que j’avais également ressentis face à ma première pièce de théâtre. Par la suite, à travers les autres récits, nous le voyons grandir et s’épanouir dans ce vaste monde coloré. Malheureusement, sa mère ne cesse de s’inquiéter à son égard et apprend doucement à le laisser s’évader hors du temps par l’entremise des représentations, même si ses refus étaient nombreux au départ. Mais son caractère bonace, plein de générosité, quelques fois même stricte et craintif m’emplissait de chaleur, car elle avait une personnalité attachante, surtout avec son joual typique de la région. Le lien l’unissant à Michel est doté de haut et de bas et même lorsque les disputes fusent, on sait que leur lien d’attachement est assez fort pour résister aux tempêtes. Puis, le jeune garçon devient un homme, il nous raconte les obstacles de son existence, les émois de l’adolescence et de la vie de jeune adulte ainsi que son entrée dans le milieu, à petit pas et avec un talent qui ne demande qu’à s’épanouir. Et toujours avec ses nombreuses anecdotes, son humour vivant et son ouverture d’esprit ! Il m’est encore difficile d’imaginer que j’ai connu quelques pans de la vie de cet auteur et que ce petit garçon qui nous parlait était en fait cet homme chevronné et exceptionnel.  

Ainsi donc, je ne peux vous cacher que ce fut une lecture merveilleuse, attendrissante et captivante, et que ce roman est telle une porte m’ouvrant la voie au sein des œuvres de Michel Tremblay. Sa plume puissante et simple à la fois recèle une richesse d’émotions insoupçonnée tout en contenant le trésor de notre patrie québécoise. Babar le petit éléphant et Le train ont été les deux récits qui m’ont le plus interpellé et arraché des sourires à chaque mot. Ces moments d’intimités familiales, ces personnes véridiques et ce plat succulent gorgé d’instants théâtraux vont me manquer assurément et il me tarde de plonger à nouveau à l’intérieur de son univers. Avis à tous les lecteurs : un roman infaillible pour connaître la vie emblématique des gens d’ici, dans toute leur pudeur et leurs valeurs tout en touchant des points essentiels de la vie et de la culture artistique !

Extrait préféré du roman : « J'ai tout raconté dans mon langage d'enfant, les formes, les couleurs, les personnages, l'histoire, ce fut long et passablement animé, au point même où ma tante a fini par demander : " C'tu toute vrai, ça, coudonc, ou ben si t'en inventes des bouts ? ", mais j'ai gardé pour moi l'horrible découverte que j'avais faite, cette incapacité que j'avais de m'exprimer au milieu d'une foule, de faire comme elle, de participer à une liesse collective. Mon histoire fut probablement très intéressante, mais elle resta incomplète et personne, pas même ma mère, ne s'en aperçut. » p. 37. 

Ma chère petite soeur de Gabrielle Roy

Ma chère petite soeur




 Coup de coeur !



Éditions : Boréal
Année : 1999
Pages : 260
Catégorie : Romans épistolaires / romans autobiographiques
Âge : ---
Temps de lecture : Une semaine
Résumé : Entre 1943 et 1970, Gabrielle Roy a entretenu avec sa sœur Bernadette une émouvante correspondance qui permet de mieux comprendre la vie et la personnalité de la grande romancière.

Source : editionsboreal.qc.ca 

Mon avis ( juin 2010 ) : Ma chère petite sœur n’est pas seulement un roman épistolaire, c’est également une autobiographie de l’auteure, car nous découvrons, par l’entremise de ses lettres destinées à sa grande sœur, une autre facette de cette admirable écrivaine québécoise. Il est peut-être moins précieux et détaillé que La détresse et l’enchantement ( que je n’ai toujours pas lu, soit dit en passant ), mais pour moi il recèle tout de même une valeur symbolique à mes yeux puisque ce sont de vraies missives, écris de la main de mon auteur fétiche. C’est un pan de sa vie formulé par de charmantes lettres bousculées par des liens familiaux et, par le fait même, une consolation pour quelqu’un comme moi qui ne pourra jamais rencontrer cette grande dame de la littérature québécoise. Le bonheur d’avoir entre les mains des morceaux du passé appartenant à une personne véridique n’a d’égal que sa lecture, laquelle j’ai dévoré doucement afin de mieux saisir ce récit épistolaire se passant dans un présent maintenant devenu passé. C’est un trésor à la mémoire d’une auteure défunte ! La seule beauté de la correspondance est en soi un prétexte pour lire ce bouquin, car cette technique soignée n’existe plus maintenant que par l’entremise d’individus encore doués d’une grande sensibilité pour étaler leurs émotions à leurs proches sans passer par une voie ponctuée de froideur. Et cette délicatesse fraternelle est un aspect très détaillé parmi les lettres puisque nous découvrons toute la richesse que recèle la relation entre Gabrielle et sa sœur Bernadette. Leur lien est fabuleux  à « voir » et même si elle n’a pas d’attachements semblables avec toutes ses sœurs, à cause de quelques drames familiaux, il n’en demeure pas moins qu’elle porte une grande affection à toute sa famille, malgré la distance dû à ses voyages. De ce fait, cette autobiographique épistolaire devient également un hymne à l’amour entre deux sœurs qui se soutiennent devant les vicissitudes de l’existence. 

Au cours de sa correspondance avec Bernadette, nous suivons Gabrielle Roy parmi les évènements qui ont caractérisé sa vie entre 1943 et 1970. Que ce soit lors de drames familiaux, de publications littéraires, de voyages, de sentiments de joie ou de tristesse, j’ai pu avoir l’occasion de la connaître quelque peu et j’en déduis, par les murmures de sa plume, qu’elle est une femme charmante et bienveillante, ce que j’imaginais naguère. Elle s’inquiète constamment pour les membres de sa famille, même de celle qui l’a reniée et qui ne cesse de lui faire du tord. Partagée entre son amour pour ses proches et son goût de liberté, elle ne peut les voir comme elle le voudrait tant à cause de ses voyages qu’à cause de son métier d’écrivain dans lequel elle débute. Sans se rendre compte, elle nous transmet ses loisirs, ses émotions et ses idéaux tout en nous faisant connaître sa « chère petite sœur », comme elle la surnomme. Religieuse a plein temps, sa sœur Bernadette est une femme d’une bonté sans limite, jetant son dévolu sur les autres en les comblant de sa charité. Son énergie vibre de positivité et l’auteure fait mention de nombreuses fois de son indicible amour pour la terre, de tout ce que Dieu a créé. Hélas, il n’y a que les lettres de Gabrielle Roy lui étant destinées, alors nous ne pourrons jamais connaître les mots de cette sœur qui lui répondait avec tant d’avidité. Gabrielle et Bernadette étaient deux confidentes et l’auteure lui étalait sans pudeur ses inquiétudes quant à la maladie de Bernadette ou à la santé de ses autres sœurs, dont Adèle et Clémence. Il n’y a pas de grands détails à leur sujet, mais seulement quelques mots ici et là sur leur personnalité et ce qu’elles vivent. La dernière a vécu très mal le décès de leur mère et la première, par je ne sais quelle motivation, se bute à vouloir darder sa rancune envers Gabrielle. Celle-ci ne nous parle pas du commencement de cette triste méchanceté, mais nous constatons tout de même qu’elle l’aime toujours autant malgré les embûches qu’elle pose sur sa route. Quant à ses frères, seul leur nom nous est transmis. Néanmoins, toute l’ardeur qu’elle met à raconter le passé et les réunions familiales suffit à nous faire adorer cette famille.

Par conséquent, c’est un roman délicieux qui nous plonge quelques instants à la surface de l’existence de Gabrielle. Pour moi, c’est une introduction à la vraie autobiographie de Gabrielle, La détresse et l’enchantement, et il me tarde d’en connaître davantage sur sa vie. Son écriture est toujours autant lyrique et délicate, quoique un peu différente, car ce n’est pas la plume qu’elle emploie pour ses romans. Mais je considère ce petit changement comme une autre facette du talent de cette femme et elle nous invite davantage à la confidence. Parallèlement, j’ai adoré les notes ponctuant les lettres et qui ont été insérés, à la fin, par l’éditrice. Ces petits éclaircissements nous aident à mieux comprendre quelques portions de l’histoire de l’auteure et à changer la confusion en un nouvel ravissement. Ce sont les premiers prémices au sein de l’existence de mon auteure fétiche et sûrement pas les derniers !

Extrait du roman : « Dis à la pauvre Clémence que je pense à elle sans cesse et, pour la réconforter, que je tâcherai peut-être avant longtemps d'aller lui rendre visite. Et te voir, toi aussi, ma chère Dédette, quel bonheur, quel réconfort ce serait. Tu ne peux imaginer combien, de retour à Petite-Rivière, je pense à votre visite d'il y a trois ans. Je vous vois partout, j'ai le coeur serré, je bénis le Ciel que cette rencontre merveilleuse ait eu lieu, mais j'en voudrais bien encore une autre. Nous nous sommes si peu souvent vues auc ours de nos vies ! »
p. 132.

jeudi 21 octobre 2010

Les chambres de bois d'Anne Hébert

Les chambres de bois







Éditions : Seuil
Année : 1996
Pages : 190
Catégorie : Autres romans
Âge : Dès 13 ans
Temps de lecture : Deux jours
Résumé : Une jeune fille, Catherine, au cœur ardent, aux songes enfantins, s’éprend d’un jeune pianiste, Michel, qui habite dans une demeure pleine d’ombre et de souvenirs. Elle va épouser cet être froid, distant et fou. Elle qui est simple et avenante, suivra cet adolescent vieilli dans ses propres rêves et dans le désordre de sa vie. Mais Catherine ne peut faire partie de l’univers étrange de Michel et de sa sœur Lia qui vient, entre deux passions, traîner ses cigarettes et ses colères dans l’appartement des jeunes époux. Et Catherine fuira ces pièces aux boiseries étouffantes pour retrouver le soleil et la vraie jeunesse innocente. Réussira-t-elle enfin à échapper des mains glacées de Michel pour connaître des joies familières dans la chaleur d’un amour quotidien ? 

Source : renaud-bray.com

  

Mon avis ( juin 2010 ) : Je ne sais que dire de ce roman qui m’a laissé une sensation étrange et fugitive. Cette lecture fut rapide, trop rapide, et je dois avouer que les bribes de la vie de Catherine m’apparaissaient comme un voile embrumé avec pour seule lumière la plume d’Anne Hébert. Oui, car la seule chose que j’ai apprécié du bouquin, ce fut l’écriture lyrique de cette auteure québécoise qui transformait à l’occasion ce livre en une prose légère et profonde, non sans atténuer le brouillard de l’histoire, mais au moins en la rendant plus captivante qu’elle ne l’était au départ. Effectivement, l’histoire était parfois absurde ou limpide, chevauchant entre les émotions abyssales ou le stoïcisme complet. Je n’arrivais pas à voir l’horizon du récit ou à saisir la personnalité de Michel. Ce que je ne doute pas est sûrement la force des sentiments, car l’auteure manie à sa façon la description des bouleversements intérieurs et grâce à elle, l’entrée de jeu est léger, sans difficulté. Les descriptions sont délicates, poétiques, mais je n’arrivais pas à m’accrocher au récit qui tournait autour de Catherine, cette adolescente qui a quitté sa maison et ses sœurs pour habiter avec un jeune homme prisonnier de son être et de sa mélancolie. La monotonie, le manque d’amour, qui se profile depuis les prémices du roman, seront les martyres de cette jeune femme qui devra un jour faire un choix : quitter cet homme fantomatique et sa belle-sœur maussade ou rester cloîtrée dans cet appartement sans vivacité. Le choix fait, elle s’offrira enfin au bonheur qu’elle convoitait si ardemment. Par conséquent, j’ai dévoré les formes d’écriture et les descriptions théâtrales de chaque geste anodin tandis que le récit m’a donné un goût amer dans la bouche, comme si je n’étais point assouvis de l’intrigue.

Les personnages sont les plus intrigants, notamment Michel, un homme atrabilaire et abattu, un musicien désabusé qui vit au sein d’une solitude austère. Dès sa rencontre avec Catherine, même s’il dit le contraire en la demandant en mariage, il ne dévoile aucun signe d’amour à son égard et lorsqu’ils déménagent à Paris, il devient son gardien de prison, l’obligeant à rester et à ne jamais sortir de la maison. Il se lamente constamment, piquant à l’occasion de légères colères et pleurant la crainte de la voir l’abandonner. D’après quelques allusions, sa jeunesse n’a pas été heureuse, sans doute dénuée d’amour, et c’est pourquoi sa personnalité se présente avec une telle lypémanie. Même si j’ai eu quelques pitiés à son égard en le voyant autant s’effondrer dans ses idées noires, je n’étais point capable de m’attacher à ce personnage dont la vie et lui-même ont fait de lui un spectre. Catherine sera la victime de sa solitude dès les premiers instants et par force d’amour, elle décidera de quitter sa chaumière en laissant ses sœurs et son père sans nouvelles. Toutefois, sa tendresse jamais assouvis s’effacera au fil du temps et l’isolement obligé sera un fardeau trop pénible pour elle. Sa santé en prendre un coup et par les soins de sa bonne servante, malgré son caractère un peu dur, seront un nouvel éveil intérieur qui l’obligera à faire un choix qui lui apportera enfin tout l’amour dont elle rêvait. Pour finir le tableau, il y a également la sœur de Michel, Lia, une jeune femme à la personnalité insoumise et aux paroles tranchantes qui viendra s’installer dans leur appartement, un tourment de plus pour la pauvre Catherine. Cette sœur se rapprochera inévitablement de son frère et tous les deux porteront tout d’un coup une indifférence intolérable à la jeune femme. Cependant, sous le caractère revêche de Lia, il y a de la tristesse qui croît dans son cœur et elle le démontrera à l’occasion, mais en quelques infimes minutes. Les drames du passé ont souvent le tour de changer leurs victimes… 

De ce fait, ce fut une lecture un peu ordinaire en ce qui est du récit, mais par contre ce fut également une illumination puisque j’ai découvert une plume qui ne me rend pas indifférente. Je conseillerais ce roman simplement pour la sensibilité qui s’y délivre et pour la poésie de l’écriture, car l’histoire ne m’a rien apporté de nouveau, mis à part le talent de l’écrivaine québécoise qui l’a pondu. J’espère secrètement que ses autres œuvres seront davantage captivantes que celui-ci et je sais que Les chambres de bois n’a pas été l’un de ses bouquins les plus estimés. Ainsi, je pense qu’il serait préférable de choisir un autre de ses livres pour faire rencontre avec sa plume, tel Kamouraska, lequel fait partie de ses œuvres notoires. Mais lancez-vous, sa plume est bellissime !

Extrait du roman :  « Mais, tout le jour, elle s'appliquait à devenir ce que Michel désirait qu'elle fût. Elle apprenait des fables et des poèmes par coeur. Cela lui tenait compagnie durant le silence des longues heures penchées sur la toile et le lin. Et parfois, fables et poèmes, en leur vie possédée, crevaient comme des veines de couleur, au milieu des plus blanches broderies. »

Là où la mer commence de Dominique Demers

Là où la mer commence






Éditions : Robert Laffont
Année : 2001
Pages : 210
Catégorie : Romans d’amour
Âge : Dès 10 ans
Temps de lecture : Cinq jours
Résumé : Et si la Belle et la Bête avaient vécu en terre québécoise, au XIXe siècle?...
- J'ai inventé un autre jeu, dit-il. Une sorte de course aux trésors. Maybel était tout oreilles. La Bête fit une pause, comme s'il avait besoin de soupeser chaque mot avant de poursuivre.
- J'ai dix merveilles à vous faire découvrir.
- Et à la fin, qu'est-ce qu'on gagne? demanda Maybel amusée.
- Mon coeur! dit la Bête d'une voix bourrue où perçait la rancoeur.

La Belle, c'est Maybel, jeune fille ardente et lumineuse qui vit dans une drôle de famille. Son père, Alban, gardien de phare solitaire, a épousé une ravissante Anglaise qui n'aimait pas la mer et s'est enfuie en abandonnant sa fille de deux ans.
La Bête, c'est William Grant. Affublé d'un masque étrange, il a débarqué un beau jour le long des berges du Saint-Laurent, avec son père l'Écossais, qui veut le soustraire au monde pour mieux le protéger.
Maybel et William sont épris de liberté et de nature. Dans un pays de caps battus par une mer enragé, d'anses secrètes envahies par le tumulte des goélands et les hurlements des loups marins, dans un décor étrange et fabuleux, hanté par les fantômes mais protégé par les fées, ils vont se découvrir. Et s'aimer...

Source : archambault.ca 


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Mon avis ( avril 2010 ) : Un beau roman, comme je les aime, une histoire dénuée de toute modernité basée sur des valeurs inaltérables tout en étant parfumée d’un romantisme simple sans qu’il ne frôle l’extravagance. La plume de l’auteure nous délivre ainsi un récit qui se sépare en deux sujets, mais qui se rejoignent pour reformer un ancien conte, celle de la Belle et la Bête. L’amour y est au rendez-vous, bien évidemment, mais dans un contexte davantage poétique, ne ressemblant guère de cette façon aux amours contemporains dont le seul vrai sens est oublié. De cette façon, j’ai eu l’honneur de lire une vraie histoire d’amour limpide et délicate qui apporte en même temps des vertus de liberté, d’abandon envers la nature, de tendresse, d’ouverture d’esprit et de spiritualité au lecteur. L’autre sujet abordé est celui de la différence, tant le racisme que l’ouverture d’esprit ; comment l’amour peut coexister malgré la dissemblance, malgré l’apparence physique qui est plus difficile à accepter en tant que personne. Au début, le tracé de l’histoire est lent, j’ai eu quelque difficulté à saisir qui était la narratrice. Une jeune fille embarque dans un train faisant voyage jusqu’à Ste-Cécile et c’est au sein du cahier qu’elle tient entre les mains, un don de sa grand-mère, que nous nous retrouvons à arpenter les délicieuses contrées de l’île, entre les plages balayées par le vent et la mer, les côtes endiablées de liberté fouettées par les vagues, les forêts truffées de révélation et les grottes aux tonalités feutrées. Là-bas, Maybel ensoleille l’existence des habitants et celle de sa complice, narratrice du récit ( la grand-mère de la jeune fille du début ). Lors d’une journée banale, le quotidien de Maybel va basculé spontanément lorsqu’un riche écossais débarque sur l’île pour s’enfermer dans son château avec son fils, déjà victime des préjugés des citoyens qui le surnomment vicieusement « la face pourrie » à cause du terrible masque qui englobe son visage, objet de tant de rumeurs. Maybel, après tant d’obstacles et de rendez-vous, va appendre à apprivoiser « la Bête » sur son territoire tandis que celui-ci va lui enseigner les subtilités de la vie dans toute sa douceur, écrasant peu à peu la méfiance qui le submergeait. C’est dans cette tendre atmosphère d’amitiés que va naître les premiers reflets de l’amour, refaisant jaillir ainsi un antique récit conté lors de notre enfance.  

Dès notre première rencontre avec Maybel, dit « la Belle », il est impossible de ne pas être subjugué par son allégresse, son sourire bonifiant, ses yeux violâtres qui séduisent tant d’hommes et sa juvénilité scintillante dont l’ardeur de sa personnalité va l’entraîner hors des sentiers battus. Par l’entremise de son amie à qui elle témoigne toutes ses confidences, nous la suivons dans ses nombreux rendez-vous avec William Grant, dit « La Bête ». Celui-ci, isolé dans sa solitude, a acquis depuis son sinistre accident, qui l’oblige à masquer son visage, un merveilleux dévouement envers la flore et la faune dans lesquelles il passe ses journées à se recueillir devant les joyaux du monde. De même, il a hérité d’une culture sans pareille en parcourant les ouvrages qui parsèment la bibliothèque du château, lui octroyant un langage et une philosophie soignés. Cependant, malgré ses nobles loisirs, le poids des préjugés lui pèse et l’indifférence de son père lui tord douloureusement l’esprit. C’est en faisant rencontre avec Maybel qu’un nouveau faisceau de lumière va filtrer dans son cœur. En lui apprenant les merveilles de l’écosystème et l’humble contemplation de la beauté spirituelle, il va également apprendre auprès d’elle à laisser de côté son caractère sauvage, à faire confiance à autrui et à ne plus craindre son visage qui provoque tant de terreur. Or, leur histoire ne se fera pas sans difficulté puisqu’ils devront passer par-dessus leurs légères altercations, le racisme injustifié de quelques habitants, la colère du riche écossais et les rumeurs dépravantes qui circulent à leur sujet, de même que la tristesse, l’oubli et la douleur. Ces deux personnages m’ont bousculée et j’ai été saisie par la philosophie de William et sa plénitude au sein de la liberté. Quant à Maybel, c’est un minuscule soleil d’où jailli des élans de douce félicité. 

Par conséquent, ce fut un romanesque moment de lecture qui, sans être un coup de cœur, m’a tout de même procuré un grand plaisir littéraire. La fin n’est que le retour des choses et j’applaudis fortement cette conclusion qui nous fait rêver davantage. Même si je n’ai pas complètement adhéré à la plume de l’auteure lors des prémices de l’ouvrage, j’ai appris à apprécier doucement cette écriture simple, douce et familière au sein de laquelle j’ai retrouvé avec grand bonheur mon identité québécoise. Un récit taillé de personnages attendrissants, d’illustres valeurs, d’un sujet troublant qui ne nous est pas étranger, de paysages vouant honneur à la beauté du Québec et plus que tout, d’une histoire d’amour dont les éclats ne sont que pureté et honnêteté. Un fabuleux roman à découvrir ! Je continuerai bientôt ma route auprès de l’écriture de Dominique Demers dans sa série Marie-Tempête qui sommeille sereinement sur mes étagères.  

Extraits préférés du roman : « C’était un masque de cuir, souple et fin, noué derrière la tête avec quatre brins. Le front découvert du jeune homme révélait une chair meurtrie. Sa chevelure fauve était abondante, mais il n’avait plus de sourcils. Rien ne préparait à la vue des yeux immenses qui semblaient dévorer ce visage. Sous ce regard noir, obsédant, le masque était plaqué sur une chair qu’on devinait ravagée, car le cuir mince se plissait et se creusait par endroits, notamment au milieu du nez. Une large ouverture révélait une bouche quasi intacte. De près, toutefois, on remarquait que les lèvres étaient rongées à la commissure, d’un seul côté, celui du cœur. » p. 37. 


« - Ce matin, dit-il, j’ai rencontré un roi. Et hier, un prisonnier enfermé par erreur dans une prison maudite. La semaine dernière, j’ai entendu chanter des sirènes. Je connais un homme prêt à se battre contre des moulins à vent et j’ai déjà assisté à des combats sanglants, à des duels terrifiants, à des massacres hallucinants. Mais j’ai aussi vu des lutins courir dans la forêt à l’aube et j’ai épié des amoureux prêts à mourir l’un pour l’autre. Je sais qu’il existe une mer lointaine hantée par une baleine gigantesque qui a grugé le cœur d’un homme. Je sais également que je ne connais rien encore. Et qu’il ne me suffira sans doute pas d’une vie pour découvrir, en plus de la pluie, des escargots de mer, des hérons et des cormorans, des canards et des cerfs, des étoiles et des lunes, tous les personnages qui ont le pouvoir de vivre dans mon cœur et dans mon esprit. » p. 149.

Critiques d'ailleurs :
Clairdelune

mercredi 20 octobre 2010

La montagne secrète de Gabrielle Roy

La montagne secrète




 Coup de coeur !



Éditions : Boréal
Année : 1961
Pages : 222
Catégorie : Romans classiques
Âge : Dès 13 ans
Temps de lecture : Deux jours
Résumé : Le peintre Pierre Cadorai s'est réfugié dans le grand nord pour être en communion solitaire avec la nature et atteindre la perfection artistique. Cette recherche le pousse vers des régions de plus en plus touristiques. Il trouve enfin 'sa' montagne magique, mais l'hivers arrive, il tombe malade et se retrouve dans un village esquimau. A travers le portrait du peintre Cadorai, Gabrielle Roy nous parle de la condition d'artiste. La soif de beauté et de plénitude qui habite le peintre sont présent dans chacun d'entre nous.

Source : evene.fr



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Mon avis ( mars 2010 ) : Au départ, je n’aurais jamais imaginé l’ampleur de ce prodigieux récit et l’immensité sublime des mots de Gabrielle Roy. Au fil des premières pages, nonobstant mon appréciation envers la plume de l’auteure, je trouvais l’histoire particulièrement étrange et je me demandais clairement dans quoi je m’embarquais. Cependant, mes doutes furent bien vite dispersés au gré des images, dans les fabuleuses contrées du Canada, à savoir Mackenzie et l’Ungava, jusque dans la ville artistique de Paris. Un récit spirituel et envoûtant qui nous emporte au côté de Pierre, cet artiste en quête de sa montagne secrète. Nous traversons avec lui la beauté des paysages et à travers ses yeux, nous voyons toutes les subtilités de chaque détail naturel, allant de la simple goutte d’eau jusqu’à l’immense montagne dont il n’oubliera jamais les contours. Ce livre recèle bien davantage qu’un simple conte ; mais plutôt la beauté du monde, l’immersion totale dans le présent et la quête de soi, ce long chemin ardu de notre vie. Et ce, au sein des étendues nordiques les plus belles qui soient, filant sur les rivières impétueuses ou délicates, croisant à l’occasion le regard de quelques personnes qui intégreront la vie de l’artiste pour quelques instants. Nous suivons cet homme solitaire jusqu’à son illumination et grâce à sa conquête de l’interprétation parfaite des objets, nos regards s’entrouvrent. Le mien s’est ouvert, a croisé les parcelles les plus pures de l’univers et a su toucher l’éclat de mon âme. La plume de Gabrielle Roy est sans doute l’une des plus angéliques plumes que j’ai eu l’honneur de rencontrer jusqu’à présent tant une poésie délicate découle de ses mots choisis avec soin. Une rencontre inoubliable, un appel de l’âme !

Pierre Cadorai est un homme solitaire qui vit une vie d’anachorète, méditant avec son âme d’artiste par l’entremise de ses toiles et de ses dessins dont le talent ébloui quiconque les entrevoit. Il est peut-être retiré de la société, a ses déceptions et ses erreurs personnelles, mais au cours de sa quête, il a vu et compris des choses que nulle autre personne ne peut comprendre sans qu’elle ne se détache de la réalité et s’ouvre à la splendeur de l’énergie qui parcoure ce vaste monde. D’autre part, en dépit de son érémitisme, il est constitué d’une ténacité et d’une endurance exemplaires qui feront leurs preuves lors des chemins sinueux qu’il entreprendra. Entre son hivernage dans les bois, ses visites brèves au sein des villages, ses parcours pérennes à travers la flore canadienne, ses moments méditatifs et son passage dubitatif dans la ville touristique de Paris, il fera connaissance avec des êtres qui auront chacun leur impact dans sa pérégrination. À commencer par un vieil homme esseulé et chercheur d’or, sa fille Nina qui a su capter l’essence pur des yeux du voyageur, Steve le chasseur badin qui a un amour inconditionnel pour son loisir, l’honnête inuit fasciné par ses œuvres, l’étudiant en art Stanislas dont la philosophie témoigne de sa gaieté et finalement Augustin Meyrand, ce maître de l’art tout a fait drastique qui poussera Pierre à se dépasser davantage dans ses peintures. Ainsi s’illuminent tous ces personnages sous la plume svelte de l’auteure, Pierre étant le guide de leur âme, dont la mienne.
 
En outre, c’est un livre enchanteur qui mérite la caresse de votre attention, car il a tant de choses à nous transmettre. Un chef d’œuvre québécois émérite qui touchera votre âme et régalera votre imagination dont celui-ci verra défiler les détails les plus simples de la vie primitive, celle que nous avons oublié pour la chaleur de nos logis. Une aventure incontournable au sein de l’art, des paysages canadiens et des trésors que cachent l’unicité de notre esprit. Je lève mon chapeau à Gabrielle Roy et je lui offre une place privilégiée sur ma liste de mes auteurs préférés, son livre ayant l’honneur d’arborer la mention de coup de cœur à perpétuité.

Extraits préférés du livre : « Tout homme est rare et inimitable par ce que la vie a fait de lui ou lui d'elle. » p. 13.
« Il y avait là comme une histoire écrite sur la neige. Des empreintes la racontaient. » p. 43.
« Depuis si longtemps il n'avait vu ces jeux exquis auxquels se livrent les choses les plus ordinaires sous l'effet de quelque lumière. » p. 56.
« Les fines couleurs éphémères n'avaient plus d'abri et de vie que dans ce regard fixe qui en lui-même les poursuivait. » p. 57.
« À perte de vue, en été, le ciel regarde cette terre vide, et la terre vide regarde ce ciel si curieusement plein de clarté. » p. 89.
« Qui n'a rêvé, en un seul tableau, en un seul livre, de mettre enfin tout l'objet, tout le sujet ; tout de soi : toute son expérience, tout son amour, et combler ainsi l'espérance infinie, l'infinie attente des hommes. » p. 104.
« La mort du présent n'est rien ; c'est la perte de l'avenir en soi qui est déchirante. » p. 124.
« Sans doute entre l'homme et certains aspects de l'univers y a-t-il des ententes secrètes dont rien ne transpire. » p. 145.
« Idée, forme, matière, tout cela n'était qu'un ; la vision même d'une âme, et si claire, si limpide, qu'on y pouvait entrer sans heurt comme dans la vérité. » p. 173.
« Il lui semblait avoir assisté à un geste d'art pur, le peintre en quelques mots brefs, sans hésitations, abandonnant l'entière récolte de sa vie aux seuls amis. » p. 217.

Tout là-bas d'Arlette Cousture

Tout là-bas






Édition : Libre Expression
Année : 2003
Pages : 160
Catégorie : Romans dramatiques
Âge : Dès 13 ans
Résumé : L'imagination de l'auteure Arlette Cousture nous entraîne sur l'île d'Harrington Harbour, où se trouve un village parcouru par un trottoir de bois - sa seule et unique rue -, et où vivent des personnages secrets comme leur île. La romancière dévoile les rêves, les espoirs et les drames des gens de cette île de la Côte-Nord. Elle le fait si bien que le lecteur a parfois l'impression d'entendre leurs voix...


Source : edlibreexpression.com

Mon avis ( février 2010 ) : Tout là-bas est un petit roman attendrissant et émouvant dans lequel une plume poétique aux larges esquisses nous dépeint, en de justes et simples mots, l’univers d’un village et de ses habitants. Lu en une journée à peine, j’en ressors la tête débordante de sentiments qu’ils m’ont délégués. Ce n’est pas l’histoire d’une personne, mais plutôt d’un peuple, de villageois qui se soutiennent malgré les embûches du temps. Oui, car dans ce village, les insulaires sont une même famille, ils savent tout et l’intimité est rarement gardée longtemps. Tout de même, nous voyons les liens tissés entre eux, les déchirements qui les tiraillent et les joies éphémères qui percent à l’occasion leurs démons intérieurs. Ce livre est une introspection rapide dans quelques personnages et l’auteur arrive à nous faire vivre une gamme d’émotions, à plonger dans la personnalité de chacun sans s’éterniser dans de vastes descriptions inutiles. Je me suis prise d’attachement pour ce petit village, dont Luke, cet homme handicapé mental qui réussit à nous toucher et à nous chavirer par ses phrases ingénues, mais souvent réalistes. D’autre part, même si Arlette Cousture ne décrit en peu de mots les paysages, je sentais cet attachement à leur terre, je pouvais presque frissonner sous les brises de la mer ou contempler les côtes plongeantes de cette île qui renferme un enchevêtrement de sublimes et terribles histoires.

Luke est sans aucun doute mon personnage préféré à cause de son innocence désarmante et pure qui vient nous bousculer jusqu’au tréfonds de notre âme. Je ne peux que sourire en l’imaginant avec sa brouette, portant le courrier aux autres avec la joie candide d’un enfant enfermé dans un corps d’adulte. Attaché à sa Lucy, sa sœur jumelle, et à tous les habitants, il voguera à travers les drames avec ses phrases courtes, mais touchantes, nous dévoilant ses voisins et les pans de leur vie cachés aux yeux de tous. Il y a également Lucy, sa brave jumelle, qui a dû s’incliner devant sa tâche de prendre soin de son frère avec tout l’amour qu’elle peut lui porter, oubliant ainsi un amour de jeunesse qui ressurgira dans sa vie, non sans chavirer un peu celle de Luke. Tout comme il y a Manny, cette bienveillante femme, qui attend encore amoureusement son amant au pied de la porte, ce mari disparu à la suite d’un incident en mer, mais dont elle attend un signe depuis plusieurs années, hélas, sans nouvelles. Elle accueillera un bel étranger qui aura un impact fatal à la fin de l’histoire, une tragédie qui affectera tous les habitants, dont Manny qui se sentira pour le moins coupable d’avoir accueilli un tel étranger. Puis, il y a Jim et Émile, avec leur opulente marmaille qui vivent les émois de la vie avec difficulté, emprisonnés sous le joug incertain de la pauvreté : des enfants implorant les cadeaux singuliers de la vie ; une mère affaiblie par un enfant qu’elle ne peut porter ; un père écroulé sous le poids ténébreux de l’indigence ; et finalement l’aîné, ce tendre fils qui essayera de sauver sa famille, ignorant les conséquences qui en découleront. Je n’ai que compassion à l’égard de ce jeune garçon que j’aurais aimé prendre dans mes bras ou l’éloigner de son épreuve impétueuse. De même que j’aurais aimé accompagner ces habitants lors des obstacles parsemant leur chemin afin de prendre leur main et de les conduire dans des sentiers moins denses, illuminés par le souffle de l’espoir.
 
En somme, j’ai rencontré de merveilleux insulaires au sein du village d’Harrington Harbour, par l’entremise d’un petit roman que j’aurais préféré davantage plus long. Arlette Cousture a une façon bien à elle de pénétrer habilement dans les personnalités de chaque personnages en utilisant une plume familière de notre coin de laquelle se délivre des intonations poétiques qui ne peuvent que ravir mon amour littéraire. Ce n’est peut-être pas un coup de cœur, mais il restera longtemps dans mon esprit, notamment à cause de l’essence fraternelle et solidaire qui exhale du bouquin. Troisième livre de cette auteure, je ne peux qu’honorer son talent que j’apprécie de plus en plus et qui me donne l’envie irrésistible de rencontrer à nouveau la grâce de sa plume dans le premier tome des Filles de Caleb. Après une telle envolée sur une île verdoyante de sentiments, il est certain que je compte découvrir ce volume au cours de l’année.

Le témoin du passé de Stephane Bourget

Le témoin du passé





Éditions : AdA
Année : 2008
Pages : 234
Catégorie : Romans policiers / thrillers / espionnage
Âge : Dès 12 ans
Résumé : Une nuit, Mathieu, dix ans, est brusquement réveillé par des bruits insolites venant de l'extérieur. Le garçon découvrira qu'il assiste à un terrible événement qui eut lieu dans sa demeure il y a trente cinq-ans. Il sera témoin d'un drame conjugal qui provoquera la disparition de Rose, une fillette de sept ans. Débutera alors la plus mystérieuse enquête, qui conduira Mathieu sur le chemin de la vérité et de la plus horrible découverte que l'on ne puisse imaginer !

Source : renaud-bray.com

Mon avis ( janvier 2010 ) : Cette histoire m’a laissée un goût mitigé dans la bouche car, m’attendant à un formidable récit plongeant dans les méandres du surnaturel, j’ai été désappointée, non par l’histoire que nous offre l’auteur, mais plutôt par sa plume qui m’a laissée de marbre. Pendant quelques secondes, j’ai vraiment cru que ce livre était destiné aux enfants à cause de la simplicité et le peu d’intensité que délivre l’écriture. Loin de moi d’émettre une remarque désobligeante, mais j’ai vraiment ressenti cela tout au long du livre, ce qui a atténué largement mon plaisir. Cependant, j’ai cru décelé, sous cette plume légère, une aptitude littéraire qui, si elle est travaillée davantage, peut nous offrir plus que de bons moments de lecture. Son ombre s’est faufilé plus vers la fin, alors que l’intrigue se resserrait et que l’horreur venait teinter les pages. Par ailleurs, grâce à l’unicité de l’histoire qui nous offre une trame alléchante, nous ne pouvons reposer ce livre malgré les points négatifs que j’ai énuméré plus tôt. Un jeune garçon témoin, dans ses rêves quotidiens, d’un horrible assassinat d’une petite fille est un récit pour le moins original car l’auteur mise entre le policier et le surnaturel, nous faisant découvrir une enquête odieuse, mais qui arrive malheureusement à moult enfants kidnappés, parsemant le livre d’une réalité effrayante.
 
Mathieu, l’héros principal du récit, est un jeune garçon tourmenté par les rêves de cette fillette violée et assassinée par un homme barbare. Nonobstant son indicible courage et sa détermination lors des évènements, le jeune garçon de dix ans n’est que très peu approfondi, voire même qu’il manque un peu de réalisme étant donné qu’un enfant normal n’aurait jamais pu affronter une tragédie similaire sans être traumatisé et plonger dans une détresse profonde. Excepté quelques rares afflictions, il n’a démontré aucune émotion vive, ce qui m’a ôtée toute compassion à son égard car je ne croyais pas en son personnage. En ce qui est des autres protagonistes, il en est de même pour eux. Ils ne dégagent que très peu de véracité dans leurs actions ou dans leurs sentiments. En fait, je n’ai qu’une tendre compassion pour la fillette, dont nous connaissons que le physique, mais qui a fait levé en moi une terrible colère envers son prédateur, un homme pervers acharné de plaisirs charnels. J’avais envie de la prendre dans mes bras, de la réconforter et de lui murmurer des mots doux afin de l’éloigner de son tourment.
 
Par conséquent, ce roman ne m’a apportée qu’un bon moment de lecture, un simple plaisir littéraire. Étant mitigé, je ne peux ni le recommander, ni le déconseiller, puisque c’est à vous de décider s’il vous plaira ou non.

Extrait du livre : « Elle prit le temps de bien réfléchir avant de lui répondre. Elle savait que Mathieu, qui partageait les déboires de cette fillette, avait développé beaucoup d'empathie pour elle. Michelle ne voulait pas le blesser, cependant, elle ne voulait pas non plus lui raconter des histoires. De plus, elle avait l'impression que bientôt les choses deviendraient très difficiles à supporter pour le garçon. »

Le journal d'Aurélie Laflamme ( tome 6 ) d'India Desjardins

Le journal d'Aurélie Laflamme : Ça déménage ! ( tome 6 )





Éditions : Les Intouchables
Année : 2009
Pages : 330
Catégorie : Jeunesse / Journaux intimes
Âge : Dès 10 ans
Résumé : Avant de célébrer son seizième anniversaire, Aurélie Laflamme a plusieurs choses à faire: terminer sa quatrième secondaire (obligatoire selon la loi), se trouver un travail (obligatoire selon sa mère), faire des boîtes (obligatoire selon les déménageurs) et, surtout, rester zen. De plus, elle doit se préparer mentalement à passer quelques jours en camping (une activité qu'elle déteste) avec ses grands-parents Charbonneau.
Et si elle décidait d'y rester afin d'apprivoiser la vie sauvage? Après tout, malgré la présence d'animaux potentiellement dangereux, l'absence de connexion Internet et les araignées géantes, le grand air peut être bénéfique à tout le monde (surtout quand on veut s'éloigner d'une nouvelle maison dans laquelle on n'a pas envie d'habiter...). Même si les grands changements sont parfois terrifiants, il est grand temps qu'Aurélie mette ses craintes en boîte, emballe ses souvenirs et se tourne vers l'avenir.


Source : aurelielaflamme.com

Mon avis ( décembre 2009 ) : Ah ! cette chère Aurélie... Je ne peux que m'extasier devant l'audace et le talent de madame Desjardins pour se mettre dans la peau d'une adolescente de seize ans. Car en effet, à travers ce journal intime, nous suivons Aurélie Laflamme dans ses aventures loufoques et ses pensées étonnamment humouristiques qui m'ont fait rire jusqu'aux larmes, ce qui est plutôt rare lorsque je suis plongée dans une lecture. Dédié aux adolescentes des temps modernes, le roman se déguste à une vitesse effarante et on ne se lasse pas de cette jeune demoiselle dont l'originalité haut en couleur est surprenante. Cette fois-ci, nous la retrouvons à l'aube de son déménagement, un évènement qui l'inquiète au plus haut point. S'en suit alors une série de tribulations que seul elle-même peut vivre ou provoquer. Entre les examens, l'été qui approche, le camping, ses amourettes, le déménagement et la vie de tous les jours, elle m'a fait passer un moment des plus agréables et je félicite l'auteure de nous offrir de tels instants de réjouissance.

Le personnage d'Aurélie est toujours le même. Authentique, déterminée, humouristique jusqu'aux bouts des doigts et poétique à ses heures, il est impossible de ne pas s'attacher à une telle demoiselle. Moi-même je me retrouve parfois dans sa personnalité ou dans ses gestes. Mais je dois avouer que personne ne peut ressembler concrètement à elle car son indéniable unicité ne peut être battu. Toutefois, sous cette carapace d'humour, sa sensibilité transparaît dans ses poèmes ou lorsqu'elle évoque son père et les souvenirs qui s'y rattachent. D'autre part, elle est bouleversée secrètement par les évènements de sa vie tel que sa nouvelle maison ou son avenir qui la laisse perplexe. Pour tout dire, elle démontre d'une manière burlesque ce que vivent généralement les adolescentes pendant cette période cruciale qu'est l'adolescence.

En outre, je brûle d'impatience de découvrir la suite prochaine de ses aventures et je le conseille fortement aux jeunes filles qui n'ont pas encore eu l'honneur de la découvrir. India Desjardins est une auteure dont la jeunesse prime encore dans son coeur, ce que je trouve formidable car ce n'est pas tous les adultes qui laissent place à leur âme d'enfant. Par ailleurs, je suis curieuse de découvrir l'adapation cinématographique du tome 1 qui sort au printemps prochain. Sera-t-il fidèle au livre ?

Extrait du livre : « Je n'ai pas vraiment dormi par la suite. Je regardais mes étoiles au plafond. Je regardais chaque morceau de ma chambre. Je sais à quel point on peut oublier. Je sais que les détails deviennent flous. Je sais qu'on croit se souvenir de quelque chose, mais que notre cerveau replace ça à sa manière, qui n'est pas tout a fait conforme à la réalité de ce que c'était vraiment dans le passé. Même si on a une mémoire photographique, quand on revoit un endroit dont on croyait se rappeler les moindres détails, on découvre que c'est finalement plus petit ou plus grand, que telle chose n'était pas tout a fait comme ça ou qu'on avait oublié telle autre. »

Critiques d'ailleurs : Allie

mardi 19 octobre 2010

L'heure des redevances ( tome 2 ) de Frédéric Tremblay

L'heure des redevances ( tome 2 )





Éditions : Joey Cornu
Année : 2008
Pages : 283
Catégorie : Jeunesse / Romans historique / uchroniques
Âge : Dès 12 ans
Résumé : Malgré ses manigances meurtrières, le ministre d’Aguefort voit le poste de chambellan du roi lui échapper. Son fils Alexandre se propose de prendre temporairement la relève, car le mystérieux informateur de la famille, le Blaireau, vient de le faire appeler à Versailles pour lui confier une mission délicate et soi-disant décisive.
Rose de La Rochelle est cependant bien déterminée à se venger du père d’Aguefort sur le fils, pour le guet-apens qui la laisse ruinée. Cet Alexandre, héritier sans scrupules, il paiera chèrement l’affront, se jure-t-elle. À Versailles, le bal de l’automne se prépare... lieu tout désigné pour piéger sa victime. Dans cette suite à Une ruse inversée, le lecteur renoue avec des personnages mémorables.


Source : archambault.ca

Mon avis ( décembre 2009 ) : Un tel roman ne peut passer inaperçu. C'est ce que j'ai pensé dès que j'ai refermé mélancoliquement les pages de cette histoire fabuleuse. Il n'est peut-être pas un coup de coeur pour moi, mais il reste que ce bouquin m'a fait vivre des moments de pur bonheur, abandonnée dans ce vaste univers semé de ruse, de complots et de séditions. À nouveau, j'ai été médusée par le talent prometteur de l'auteur qui manipule les mots avec une grâce inouïe et ce, avec l'écriture classique de l'ancienne époque. Dans cette suite surprenante qui reprend l'intrigue de Une ruse inversée ( le premier tome ), nous replongeons à l'intérieur du duel entre Roland d'Aguefort et Louis de La Rochelle. Or, cette fois-ci, à cause de l'état des deux hommes dévorés par leurs démons, ce sont Alexandre d'Aguefort et Rose de La Rochelle qui reprennent les armes, chacun allant de leurs intentions. Rose, déterminée de rendre justice, part à la recherche d'Alexandre jusqu'à Versailles, afin de mettre un terme à ces crimes hostiles. En ce qui est du fils de Roland D'Aguefort, il s'éclipse à Versailles afin de terminer la tâche de son père, l'esprit illuminé par un dessein bien précis... C'est là-bas que la vérité éclate au grand jour, donnant une fin bouleversante à l'intrigue qui se jouait sous nos yeux. Et je peux vous dire que ces révélations m'ont estomaqué car je m'attendais à une autre tournure d'évènement voire même à un dénouement complètement divergent.

Les personnages, contrairement au premier tome, sont mieux approfondis, me donnant ainsi la chance de m'attacher à leur personnalité, dont la femme déterminée qu'est Rose. Vaillante, audacieuse et envahit par la justice, sa réaction du début m'a surprise puisque je prévoyais une haine inconsidérable de sa part envers son père. Au contraire, malgré une certaine rancune, elle est demeurée sereine, déterminée à retrouver la trace d'Alexandre. Sur cet aspect, elle a baissé dans mon estime car je ne vois pas cette décision comme juste, mais plutôt comme une sorte de châtiment ou je ne sais quoi, même si ses intentions sont dénuées de mauvaises volontés. Alexandre, pour sa part, a été un vrai mystère pour moi. Pour ne point vous dévoiler l'intrigue, je ne peux en dire autant sur lui. La seule chose que je peux révéler c'est qu'il est d'un charme élégant et même plutôt intimidant. D'autre part, sa détermination est aussi forte que celle de Rose, hormis qu'elle est agrémentée d'une vengeance secrète. En outre, il est le clou du récit et je dois vous avouer que j'ai réussi, malgré son air méprisant que je lui croyais, à l'apprécier tel qu'il est, tout comme le personnage de Rose.

Conclusion : je n'ai point de déception envers ce livre car il m'a comblée sur toutes les facettes, tant par le style littéraire au vocabulaire tout a fait exceptionnel que le récit enrichissant dans lequel nous plongeons dès les premières pages. Grâce aux discussions qui garnissent les chapitres du début, il a été facile pour moi de me remettre sans problème dans l'histoire, à mon grand bonheur car ma mémoire me faisait faux bond sur quelques évènements du tome 1. Une courte série, peut-être, mais elle se finit en beauté, je peux vous le jurer. Et après une aventure sans pareille, il ne me reste qu'une phrase à dire : chapeau à l'auteur !  

Extrait du livre : « - Ce jeune homme a un père et c'est le père qui s'est rendu coupable des crimes les plus odieux. Une récente tentative d'assassinat a vu son arme se retourner contre lui : au moment où je vous parle, le poison le tient cloué au lit. S'il n'y succombe pas, je m'assurerai que la potence venge ses victimes. »

Quand tombe le lys d'Yves Dupéré

Quand tombe le lys





Éditions : Hurtubise
Année : 2004
Pages : 496
Catégorie : Romans historiques
Âge : Dès 14 ans
Résumé : Au milieu du XVIIIe siècle, les colonies anglaises et françaises en Amérique du Nord sont plongées dans une guerre qui changera le cours de l’histoire. Avec l’arrivée des officiers français, le monde de la noblesse canadienne est en ébullition: des liaisons amoureuses se créent, des intrigues se forment et des rivalités se dessinent. C’est dans ce contexte qu’évoluent les membres de la famille Hébert de Courvais: le raisonnable François, le fougueux Alexandre, la belle et douce Catherine et enfin, la pétillante Anne. Dans un univers où se mêlent l’amitié, l’amour, le bonheur, la trahison, la haine et le désespoir, leurs aventures tumultueuses les mèneront inévitablement à des drames personnels et à une tragédie collective: la Conquête.


Source : editionshurtubise.com

Mon avis ( novembre 2009 ) : Au départ, j'étais exaltée à l'idée de me plonger dans ce nouveau roman historique dans lequel une nouvelle plume s'offrait à mon regard. Mais, sans que je ne trouve la raison, mon enthousiasme s'est amoindris au fil des pages. Compte tenu du fait que je devais m'arrêter souvent lors de ma lecture afin de prendre des notes ou des extraits pour mon devoir de français, je pense qu'il est normal que j'ai pu moins apprécié le récit dans toutes ses facettes. Toutefois, je sais une chose : ce n'est pas à cause de l'histoire car je l'ai trouvé fort fascinante et elle m'a fait vivre des moments intenses, surtout lors des combats contre les Brittaniques. C'est dans ce contexte historique que nous faisons la connaissance avec la famille Hébert de Courvais, dans laquelle nous découvrons les divers aspects des personnages ainsi que les drames qui les feront évolués à leur façon. C'est sur ce fond de guerre que se dessine un complot atroce destiné à éliminer un membre important de la famille... Alors s'entrechoque combat et trahison jusqu'à l'ultime dénouement, tant dans les tragédies familiales entourant la famille de Courvais, mais aussi dans les échos de la guerre qui planent sur la province.

Dans cette soif de rivalités entre les Canadiens et les Brittaniques, nous découvrons la personnalité et les rêves des protagonistes. Alexandre, au charisme foudroyant et animé par le feu de la guerre, va se joindre aux amérindiens pour contrer les envahisseurs venus de l'autre continent. Il va devenir un héros de la guerre, mais aussi un personnage redouté à cause de ses crimes barbares qu'il causera pendant les combats. François, l'aîné de la famille, est un peu moins impulsif que son frère avec lequel il aura quelques litiges, surtout au début du livre. Cependant, leur lien se renforcira lors des combats, pour n'en devenir que plus solide à la fin. D'autre part, nous découvrons aussi sa noblesse et son courage lorsqu'il s'investira à protéger sa famille et à découvrir l'arrière du complot contre son frère cadet. Du côté des filles de la famille, Catherine est mon personnage favoris à cause de sa maturié et son sens des responsabilités. En effet, après la mort de son père, elle va prendre les reines de la seigneurie et s'assurer du bon train des affaires. Malheureusement, elle vivra des moments plutôt difficiles lors de son mariage et le départ de son frère Alexandre lui fera un vide supplémentaire dans ses drames conjugaux car un lien puissant les attache l'un à l'autre. Quant à Anne, la plus jeune de la famille, elle est le rayon de soleil qui les embellit. Comblée de bonheur et d'amour, son cheminement sera comme une douce brise printanière. Toutefois, le malheur la touchera que plus tard, lorsqu'elle devra affronter les menaces qui planent sur elle et l'affreuse tragédie dont elle sera témointe.

Ainsi donc, si on oublie quelques désagréments en cours de route, j'ai bien aimé le roman que nous livre l'auteur. Il explique avec précision les combats entre les deux camps, ce qui m'a permise d'enrichir mes connaissances historiques sur l'envahissement des anglais au Québec, et détaille à travers la guerre les moeurs des Amérindiens. Toutefois, je n'ai trouvé aucune originalité dans sa plume, c'est pourquoi j'ai été un peu ennuyée par moment, ce qui ne m'a pas empêchée de savourer tout de même l'histoire.
En outre, c'est une histoire intéressante à ne pas manquer et qui comblera quiconque s'intéresse de loin ou de proche à notre histoire nationale.

Extraits : « Le cap Diamant paraissait beaucoup moins imposant. Peu à peu, le château Saint-Louis rapetissait sur le rocher. S'estompait le théâtre de la bataille décisive. Que feraient les Canadiens des hauteurs de Québec ? Pour François Hébert de Courvais, ces plaines étaient le lieu fatal où la France avait perdu l'Amérique.

- Je vais m'ennuyer de ce pays, affirma Anne en prenant la main de son frère.

- Regrettes-tu ta décision ?

- Non. Quand tombe le lys, après tant de sang et de larmes, il est temps de partir. »

Critiques d'ailleurs : Suzan