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samedi 23 octobre 2010

Lysistrata : la grève du sexe d'Aristophane

Lysistrata : la grève du sexe






Éditions : Mille et une nuits
Traduction : Michel Host
Année : 2009
Pages : 142
Catégorie : Pièces de théâtre
Âge : Dès 16 ans 

Résumé 
 
Faisons la grève du sexe ! Tel est le mot d'ordre auquel Lysistrata entend rallier les Athéniennes et ses amies de l'autre cité en guerre.
Allumant le feu du désir, puis le repoussant chez leurs maris, elles espèrent ramener la paix, et les hommes au foyer. Avec cet argument politique échevelé et profond, Aristophane donne au Ve siècle avant J. -C. une des comédies les plus audacieuses et irrésistibles.
  

Source : fabula.org


 

Mon avis ( septembre 2010 )

 

 Lysistrata… est une pièce qui se démarque des autres, bien que la comédie ancienne ait cette particularité d’aborder des sujets qui peuvent sembler cru pour notre temps. Je savais déjà à quoi m’entendre en entamant cette lecture obligatoire et croyez-moi, ce fut avec forte appréhension. Toutefois, cette aversion se dissipe rapidement puisque cette pièce a tout pour faire naître le rire, nonobstant la vulgarité des paroles. Mais le malaise demeure tout de même, donc je puis dire que ce fut une pièce inclassable entre le bon et le mauvais. Et dire que les Grecs en raffolaient !   

L’histoire 

La pièce débute par une réunion établis par Lison ( Lysistrata ) dans laquelle se regroupent toutes les femmes du peuple. Répugnées au début par l’idée de la guerrière, elles choisiront finalement d’entreprendre un projet mesquin pour empêcher les hommes de continuer leur guerre inutile : la grève du sexe ! Une grève qui sera à la fois difficile pour les deux clans et on peut y lire tout le désespoir des hommes, bannis de la ville tant qu’ils ne cèderont pas. Un sujet controversé et obscène, mais Aristophane ne suivait que les principes de leur époque, car il n’était pas rare que les Grecs organisent des fêtes phalliques dans lesquelles ils vouaient ovation à la procréation. Bien évidemment, j’aurais aimé moins de perversion sexuelle ( c’est bien beau que cela fait partie de la nature, mais ce peuple était dans l’exagération totale ) ! À travers ce choquant sujet, Aristophane fait également de nombreuses allusions politiques, souvent contre Euripide, car les pièces de la comédie ancienne se jouaient devant de grands ambassadeurs et il était important de se moquer de ceux-ci. Ainsi, Lysistrata n’était pas juste une divertissante histoire, mais également un débat politique !


                  Personnages                              

Lison, alias Lysistrata, est l’une de ses femmes qui n’a pas la langue dans sa poche et la personnalité faible. Elle sait manier les femmes par les sentiments et son autorité, personne ne s’y oppose. Même les hommes reculent devant ses talents de dictatrice. Elle est la seule à avoir le courage de tenir jusqu’au bout, sans flancher, alors que les autres femmes sont pusillanimes et se lamentent continuellement de cette grève. Au moins, Lysistrata est toujours là pour les remettre en place ! J’admire son initiative, qui ne manque pas de créativité, mais la crudité de ses paroles cisaillent les oreilles. Quant aux hommes, j’ai eu de la difficulté à voir en eux l’authenticité. Comme si des guerriers allaient se faire mener par le bout du nez alors que leurs désirs peuvent les rendre aussi farouche que des prédateurs ? Ils deviennent pleutres devant le groupe de femmes et agissent comme des enfants à qui l’on refuse une friandise. Vert-Kokin en est la preuve : sa femme ne cessera pas de faire l’aguichante avec lui, pour mieux le repousser à la fin. C’est tout juste s’il ne se mettait pas à pleurer sur son sort ! En bref, ce sont des personnages attrayants, néanmoins on ne peut pas s’y attacher à cause de leurs élans d’impudicité ( dans mon cas, du moins ).  

Écriture 

L’écriture élaborée et soutenue à la particularité de se teinter d’humour tout au long du récit, ce qui fait une lecture légère à lire. De même, les chants des coryphées sont davantage plaisants à lire et l’on se régale de l’ironie et du cynisme au fil des pages. Cependant, les propos graveleux à chaque phrase et les défauts de traduction ( je ne pense pas qu’un grec dirait « mec » ou « putain »… ) viennent atténuer le plaisir qui se forme au cours de cette pièce de théâtre.  

Conclusion 

Ergo, c’est une pièce de théâtre qui a tout d’une comédie ancienne et dans laquelle l’humour enchante la lecture, bien que je n’aie pas apprécié le sujet qui montre une vulgaire facette de la sexualité. Il reste que ce récit à ses qualités, mais je ne le mettrais pas entre n’importe quelles mains et je comprends pourquoi cette lecture n’est lue qu’au cégep : l’âge à sa part d’importance. Et je suis déçue que les élèves étaient enjoués, pour la plupart, à entreprendre cette pièce de théâtre puisque cela dépeint l’hyper sexualisation dans laquelle bon nombre de jeunes baignent. Finalement, cette pièce est malheureusement un miroir de cette nouvelle génération…

vendredi 22 octobre 2010

Antigone de Sophocle

Antigone






Éditions : Librio
Traduction : J. Bousquet et M. Vacquelin
Année : 2005
Pages : 87
Catégorie : Pièces de théâtre
Âge : Dès 13 ans 

Résumé   

"Ô malheureuse enfant d'un père malheureux ! Le front tranquille et fier, quoique ton cœur frissonne, Serais-tu sous le coup de l'édit rigoureux ? As-tu bravé celui qui jamais ne pardonne ?" Antigone doit mourir. Elle le savait. En choisissant d'offrir une sépulture à son frère, c'est une corde qu'elle glissait autour de son cou. Mais la fille d'Œdipe a décidé d'obéir à la loi des dieux, non à celle des hommes. Pas même Hémon, son amant, ne pourra la détourner de son funeste destin. Professeur de lettres à l'université, Elsa Marpeau présente ici, selon l'expression d'Hegel, "la plus noble figure qui soit apparue sur terre". Personnage mythique qui a inspiré nombre d'auteurs, d'Anouilh à Brecht, en passant par Cocteau. 

Source : livre.fnac.com


 

Mon avis ( septembre 2010 )

C’est ma première pièce de théâtre en tant que lectrice et je considère cela comme une étrange nouveauté. La structure est ma foi très différente d’un récit narratif et je ne crois pas qu’il s’inclut dans mes genres fétiches. Cependant, c’est une découverte inégalée, car c’est l’une des pièces primaires des racines littéraires, une tragédie grecque qui nous délivre tout le talent de ce peuple avancé. Or, j’ai encore de la difficulté à croire que cette pièce fut écrite en 441 avant Jésus Christ ! Lu dans le cadre de mon cours Courants littéraires, je ne peux que remercier mon professeur pour cette plongée dans un nouveau recoin de la littérature, naguère si sombre.  

L’histoire 


Cette tragédie se déroule à Thèbes et relate le conflit entre Antigone et Créon, deux personnages diamétralement opposés. En quelques mots, le roi de Thèbes refuse à Antigone l’enterrement de son frère indigne, un élément déclencheur qui entraîne celle-ci à désobéir à ses lois pour respecter les ordres non écrits des dieux. Cette pièce devient alors une tragédie engendrant des conflits familiaux, politiques et religieux dans lesquels les notions s’affrontent. D’une part, il y a Créon, représentant des humains et de l’autorité, et Antigone, femme hardiesse qui confronte un être craint par le peuple pour la réalisation des vœux de leurs dieux. Tout au long du récit et pour donner véracité au conflit, les nombreux thèmes se séparent et s’opposent : dieux/hommes, religion/politique, lois non écrites/écrites, ciel/terre, pureté/impureté, individu/collectif. Un effet assez intéressant, car on est captivé par cette bataille universelle, entre des camps dissemblables et cette fatalité qui pèse sur les personnages. Toutefois, j’ai dû m’habituer au chœur et au coryphée, lesquels font partie de l’ancienne structure théâtrale dont les paroles se délivrent en prose. Bien qu’une tragédie ancienne ne vienne pas sans eux, je n’ai pas trouvé d’intérêts dans leur présence. Un point positif : l’essence du contexte athénien qui s’écoule de la pièce nous fait reculer au sein du passé et je me suis prise à m’imaginer pendant les Grandes Dionysies à Athènes, tandis que la pièce qui m’est contée se joue devant mes yeux.  

Personnages 

Vous vous en doutez, je marchais au côté d’Antigone, pour qui j’admire son caractère audacieux derrière sa façade de douceur. J’étais en communion avec ses idéaux, nonobstant quelques-uns à cause de leur contexte religieux, qui priment la liberté et le respect envers les morts. Bien qu’elle se meuve dans la solitude, car elle ose confronter le maître des lieux sous l’indignation du peuple, elle garde sa fierté sans écouter les sombres peurs humaines. C’est une idéaliste à laquelle je voue tout mon hommage ! Ce personnage tragique et victime de ses choix réussit le but primaire des auteurs de pièce de théâtre : l’identification ( à cette époque, dans une forme plus élaborée, elle s’appelait la catharsis ). À son opposé, Créon a un caractère semblable et je pense que cette similarité est l’un des géniteurs de cette confrontation. Cependant, il ne la contient pas, il l’évacue et se montre féroce dans ses idées d’autorité, c’est pourquoi il refuse la sépulture de Polynice, défiant ainsi les lois invisibles des dieux. Son ego est supérieur, notamment à cause du pouvoir qu’on lui accorde et cela le nuit puisqu’il devient lui aussi victime de ses choix. Autour d’eux, se meuvent d’autres personnages dont les retombés du conflit les touchent tout autant : Hémon, fils de Créon ; Ismène, sœur naïve d’Antigone ; et Eurydice, épouse de Cléon. Une famille que l’on peut considérer maudite par les erreurs de leur père, Œdipe.  

Écriture 


Le talent de l’écriture parsème les pages et je suis toujours ébahie par la beauté d’une aussi belle plume alors que ce peuple n’est qu’à ses débuts dans la grande évolution. Que ce soit pour les paragraphes narratifs dans lesquels plusieurs stichomythies soulignent l’aspect conflictuel entre les héros tragiques ou pour les chants du chœur écris en prose, l’écriture soutenue n’a d’égal que la richesse de cette pièce antique. 

Conclusion 


En somme, cette pièce écrite par Sophocle fait ovation à la tragédie ancienne qui repose sur les sentiments tragiques et les conflits entre protagonistes. On y découvre des thèmes profonds, les racines d’une société mythique et l’origine d’un si vaste univers littéraire. Néanmoins, malgré le panache de cette pièce de théâtre archaïque, ce ne fut pas un coup de cœur pour moi, car la structure, en plus de la présence des chœurs et du coryphée, fut une étrange adaptation et coupé court à mon plaisir. Mais comment pourrais-je oublier cette histoire, la première d’une lignée d’un genre qui s’entrouvre doucement à moi ? La Grèce antique a tant à nous apprendre !