vendredi 22 octobre 2010

Lettre d'un ange

Chère Maman,
Cher papa, 

Il me doit en ce moment de vous écrire afin de vous coucher mes remerciements doublés d’émotions. Ma plume est larmoyante, car les mots sont faibles pour sécher les larmes constellant vos visages cachés par l’orage. Le combat a été interminable, douloureux, mais j’en ressort grandis. Hélas, ma vaillance n’a pas su égaler les armes de mon corps physique. Cependant, pénible à moi de lui en vouloir puisqu’elle me délivre enfin des champs de bataille et m’offre le cadeau d’avoir vécu une expérience qui m’aidera à évoluer au sein du vaste dôme de notre univers. Te rappelles-tu ce que tu me chuchotais, maman, lorsque j’étais assaillis par la peur résultant d’une opération ? « Imagine-toi voguant sur les constellations… ». Je suis heureuse de te dire, maman, que je pourrai enfin réaliser ce chuchotement et que je pourrai étaler ma lumière d’étoiles en étoiles, une lumière assez scintillante que tu pourras entrevoir telle une étoile filante. Ce sera les éclats de mon amour se délivrant de l’infinie « là-haut ». Ne pleure pas, ma belle maman, car je ne suis pas malheureuse de quitter la souffrance d’un corps en rébellion. Ce n’est qu’un merveilleux voyage vers notre source et dans laquelle tu me rejoindras lorsque ton chemin y aboutira. Ne pense point que je t’abandonne, que tu ne me verras plus jamais, que la vie n’a plus de sens sans moi, car tu t’infliges des souffrance qui ne valent pas la peine d’être connues. Imagine-toi que je pars en voyage vers un autre pays, mais un pays ayant les vrais vertus du paradis. Cesse de t’inquiéter, maman, car  je serai toujours à tes côtés. 

Je sais que cette lettre peut vous paraître mystérieuse, car rare sont les personnes qui ne nagent pas dans la peur et la rage alors que leur corps abandonne un combat acharné. Je mentirais si je disais que je ne tremble pas d’inquiétude devant cet infinie qui m’attend et l’absence de vos sourires, mais je mentirais également si je disais que je me noie dans la rage. Tout est parfaitement clair dans mon esprit et je dois cette pureté à mes guides qui, sans que je ne les voient, m’ont guidée pas à pas sur ma route sinueuse. Je sais que je n’aurais eu point cette pensée lors des précédentes années et c’est tout a fait logique. Comment ne pas en vouloir à l’univers  lorsque ma jeunesse est jetée à l’eau ;  quand mes seuls défis sont les chirurgies ; quand mon seul nid est le lit d’hôpital ; quant mes sentiments de confiance tombent avec mes cheveux ; quand ma douleur transparaît dans ma blancheur ; quand mon seul ami est le paysage par la fenêtre ; quand mon seul amour est ma famille ; et quand mon seul rêve est de mourir… Oui, j’en ai voulu amèrement à ce « Dieu » et j’ai constamment exprimé ma rage à travers mes larmes, car savoir que je n’aurais jamais droit de vivre comme un individu normal et que la mort est mon seul destin, est un constat impitoyable, surtout lorsque je sais que je partirai avant d’avoir atteint l’âge adulte. Une épreuve comme celle-ci ne devrait pas être vécue par un enfant qui cherche l’innocence et la joie. Mais à quoi bon damner le bon Dieu lorsque la seule personne à blâmer est nous-mêmes ? Car je sais que cette expérience, je l’ai choisi avant ma naissance et c’est à travers cet obstacle que j’ai compris cette notion entre plusieurs autres. Au moins, je suis heureuse d’avoir appris de cette chute physique et que j’aurais eu le temps de le murmurer aux autres personnes comme moi qui combattent et s’acharnent à survivre. Je suis heureuse également d’avoir été soignée par une famille qui mérite tous les honneurs et dans laquelle j’aurais vécu tout au moins les effluves d’un amour inconditionnel.  

Il est désormais l’heure de vous quittez, car je sens que cette nuit sera ma dernière. Maman, ma belle chérie qui dort en ce moment sur la pointe de mon lit, je te remercie de m’avoir insufflé le souffle de la vie le temps de quelques années et d’avoir continué à m’aimer malgré ma maladie. Maintenant, ta seule préoccupation sera de t’occuper de toi-même et de l’enfant qui croît en toi, ce petit frère ou cette petite sœur si déjà cher à mon cœur. Papa, je te remercie également pour ta présence chaleureuse et paternelle qui m’a tant de fois calmée et pour ton humour désopilant qui a réussi à m’arracher quelques sourires. Tes rires seront les cloches de mon paradis. Et toi, petit enfant, j’espère que tu as choisi un chemin moins douloureux que le mien et que tu auras la chance de vivre à pleines dents. Je suis heureuse et rassurée de savoir que tu seras ce petit ange qui prendra soin de nos parents.  

Je vous aime et vous aimerez toujours d’étoiles en étoiles. 

Nelly Faddle
Votre ange gardien



Composé par Fanny Mathieu ( 2010 )


ayatana.ch

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